‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1200 sur 1238 · M«« ARGANTE, LUCIDOR, FRONTIN, LISETTE · texte numérisé non relu

M«« ARGANTE, LUCIDOR, FRONTIN, LISETTE

MADAME ARGANTE, en entrant, à Frontin,

Ehl monsieur, ne vous rebutez point; il n*est pas possible qu'Angélique ne se rende, il n'est pas possible. {A Lisette.) Lisette, vous étiez présente quand monsieur a vu ma fille; est-il vrai qu'elle ne l'ait pas bien reçu? Qu'a-t-elle donc dit? Pariez; a-t-illieu de se plaindre?

LISETTE

Non, madame; je ne me suis point aperçue de mauvaise réception ; il n'y a eu qu'un étonnement naturel à une jeune et honnête fille, qui se trouve, pour ainsi dire, mariée dans la minute : maispour le peu que madame la rassure et s'en mêle, il n'y aura pas la moindre difficulté.

LUCIDOR.

Lisette a raison, je pense comme elle.

I MADAME ARGANTE

Eh ! sans doute; elle estsi jeune et si innocente!

FRONTIN

Madame, le mariage en impromptu étonne l'innocence, mais ne l'afflige pas ; et votre fille est allée se trouver mal dans sa chambre.

MADAME ARGANTE

Vous verrez, monsieur, vous verrez... Allez, Lisette, dites-lui que je lui ordonne de venir tout à l'heure. Amenez-la ici; parlez. {A FronUn.) Il faut avoir la bonté de lui pardonner ces premiers mouvements-là, monsieur, ce ne sera rien.

(Lisette sort,)

FRONTIN

Vous avez beau dire, on a eu tort de m'cxposer à cette aventure-ci ; il est fâcheux à un galant homme, à qui tout Paris jette ses filles à la tète, et qui les refuse toutes, de venir lui-même essuyer les dédains d'une jeune citoyenne de village, à qui on ne demande précisément que sa figure en mariage. Votre fille me convient fort, et je rends grâces à mon ami de me l'avoir retenue; mais il fallait, en m'appelant, me tenir sa main si prête et si disposée, que je n'eusse qu'à tendre la mienne pour la recevoir; point d'autre cérémonie.

LUCIDOR.

Je n'ai pas dû deviner l'obstacle qui se présente.

MADAME ARGANTE

Ehl messieurs, un peu de patience; regardezla, dans cette occasion-ci, comme un enfant.

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