L'ÉPREUVE, SCÈNE XVI
ANGÉLIQUE
Monsieur...
MADAME ARGANTE
Monsieur! ma mère ! levez la tête.
FRONTIN
Silence, maman ; voilà une réponse entamée.
Vous êtes trop heureuse, mademoiselle : il faut que vous soyez née coifTée.
ANGÉLIQUE, vivement.
En tout cas, je ne suis pas née babillarde.
FRONTIN
Vous n*en êtes que plus rare. Allons, mademoiselle, reprenez haleine, et prononcez.
MADAME ARGANTE
Je dévore ma colère.
LUCIDOR.
Que je suis mortifié I
FRONTIN, à Angélique.
Courage! encore un effort pour achever.
ANGÉLIQUE
Monsieur, je ne vous connais point.
FRONTIN
La connaissance est si tôt faite en mariage; c'est un pays où Ton va si vite...
MADAME ARGANTE
Comment? étourdie, ingrate que vous êtes!
FRONTIN
Ah! ahl madame Ârgan te, vous avez le dialogue d'une rudesse insoutenable.
MADAME ARGANTE
Je sors; je ne pourrais pas me retenir; mais je la déshérite, si elle continue de répondre aussi mal aux obligations que nous vous avons, messieurs. Depuis que monsieur Lucidor est ici, son séjour n'a été marqué pour nous que par des bienfaits. Pour comble de bonheur, il procure à ' ma fille un mari tel qu'elle ne pouvait pas l'espérer, ni pour le rang ni pour le mérite...
USETTE.
Tout doux; appuyez légèrement sur le dernier.
MADAME ARGANTE, en S* en allant.
Et, merci de ma vie I qu'elle l'accepte, ou je la renonce.