‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1227 sur 1238 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LINÂ,iin moment teule; PERSINET.

LINA

Quel train ! Quel désordre ! quand me marierat-on à cette heure? Je n'en sais plus rien.

PERSINET.

Eh bien, Lina, ma chère Lina, contez-moi mon désastre; d'où vient que madame Sorbin me chasse? J'en suis encore tout tremblant, je n'en puis plus, je me meurs.

LINA

Hélas I ce cher petit homme, si je pouvais lui parler dans son affliction.

PERSINET.

Eh bien I vous le pouvez, je ne suis pas ailleurs.

LINA

Mais, on me l'a défendu, on ne veut pas seulement que je le regarde, et je suis sûre qu'on m'épie.

Quoi I me retrancher vos yeux?

LINA

n est vrai qu'il peut me parler lui, on ne m'a pas ordonné de l'en empêcher.

PERSINRT.

Lina, ma Lina, pourquoi me mettez-vous à une lieue d'ici? Si vous n'avez pas compassion de moi, je n'ai pas longtemps à vivre ; il me faut même actuellement un coup d'œil pour me soutenir.

LINA

Si pourtant dans l'occurrence, il n'y avait qu'un regard qui pût sauver mon Persinet, oh! ma mère aurait beau dire, je ne le laisserais pas mourir.

{Elle te regarde.) PERSINET.

Ah I le bon remède! je sens qu'il me rend la vie ; repétez, m'amour, encore un tour de prunelles pour me remettre tout à fait.

LINA

Et s'il ne suffisait pas d'un regard, je lui en donnerais deux, trois, tant qu*il faudrait.

{Elle le regarde ^"^

PERSINET.

Ah ! me voilà un peu revenu ; dites-moi le reste à présent ; mais parlez-moi de plus près et non pas en mon absence.

LINA

Persinet ne sait pas que nous sommes révoltées.

PERSINET.

Révoltées contre moi ?

LINA

Et que ce sont les affaires d'Ëtat qui nous sont contraires.

PERSINET.

Eh ! de quoi se mêlent-elles?

LINA

Et que les femmes ont résolu' de gouverner le monde et de faire des lois.

PERSINET.

Est-ce moi qui les en empêche?

LINA

Il ne sait pas qu'il va tout à l'heure nous être enjoint de rompre avec les hommes.

PERSINET.

Mais non pas avec les garçons.

LINA

Qu'il sera enjoint d'être laides et mal faites avec eux, de peur qu'il n'aient du plaisir à nous voir, et le tout par Je moyen d'un placard au son de la trompe.

PERSINET.

Et moi je défle toutes les trompes et tous les placards du monde de vous empêcher d'être jolie.

LINA

De sorte que je n'aurai plus ni mules, ni corset, que ma coiffure ira de travers et que je serai peut-être habillée d'un sac ; voyez à quoi je ressemblerai !

PERSINET.

Toujours à vous, mon petit coeur.

UNA

Mais voilà les hommes qui sortent, je m'enfuis pour avertir ma mère. Ah ! Persinet, Persinet 1

{Elle fuit.) PERSINET.

Attendez donc, j'y suis; ah! maudites lois, faisons ma plainte à ces messieurs.

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