M»«« ARGANTE, ÉRASTE
ERASTB, à port.
Ah! l'aimable pci*sonne! pourquoi l'ai-je vue, puisque je dois la perdre?
MADEMOISELLE ARGANTB, à port^ en entrant.
Voilà un joli homme ! Si Éraste lui ressemblait, je oc ferais pas la folle.
BRASTE, à pari.
Feignons d'ignorer ses dispositions, (il inaJcmoiaeiie Argante, ) Mademoiselle, Éraste m'a chargé d*uDe commission dont je ne saurais que le louer. Vous savez qu'on vous a destinés l'un à l'autre ; mais il ne veut jouir du bonheur qu'on lui assure, qu'autant que votre cœur y souscrira : c'est un respect que le sien vous doit, et que vous méritez plus que personne : daignez donc, madame, me confier ce que vous pensez là-dessus, afin qu'il se conforme à vos volontés.
MADEMOISELLE ARGANTE
Ce que je pense, monsieur, ce que je pense !
ÉRASTE
Oui, madame.
MADEMOISELLE ARGANTE
Je n*en sais rien, je vous jure; et malheureusement j'ai résolu de n'y penser que dans deux ans, parce que je veux me reposer. Dites-lui qu'il ait la bonté d'attendre : dans deux ans je lui rendrai réponse, s'il ne m'arrive point d'accident,
ÉRASTE
Vous lui donnez un terme bien long.
MA0EM0I8ELLB ARGANTB.
Hélas I je me trompais, c'est dans quatre ans que je voulais dire. Qu'il ne s'impatiente pas, au moins; car je lui veux du bien, pourvu qu'il se tienne tranquille : s'il était pressé, je lui en donnerais pour un siècle. Qu'il me ménage, et qu'il soit docile, entendez-vous, monsieur? Ne manquez pas aussi de l'assurer de mon estime. Sait-il aimer? a-t-il des sentiments, de la figure? est-il grand, est-il petit? On dit qu'il est chasseur; mais sait-il l'histoire? Il verrait que la chasse est dangereuse. Actéon y périt pour avoir troublé le repos de Diane. Hélas! si l'on troublait le mien, je ne saurais que mourir. Mais à propos d'Éraste, me ferez-vous son portrait? J'en suis curieuse.
ÉRASTE, irl$te et êoupirant.
Ce n'est pas la peine, madame, il me ressemble trait pour trait.
MADEMOISELLE ARGANTB, le regardant.
Il vous ressemble! Bon cela, monsieur.
ÉRASTE
Ma commission est faite, madame ; je sais vos sentiments, dispensez-vous du désordre d'esprit que vous afi'ectez; un coeur comme le vôtre doit être libre, et mon ami sera au désespoir de l'extrémité où la crainte d'être à lui vous a réduite. On ne saurait désapprouver le parti que vous avez pris : l'autorité d'un père ne vous a laissé que cette ressource, et tout est permis pour se sauver du danger où vous étiez : mais c'en est fait; livrez-vous au penchant qui vous est cher, et pardonnez à mon ami les frayeurs qu'il vous a données ; je vais l'en punir en lui disant ce qu'il perd.
( U veut «Vit aller, ) MADEMOISELLE ARGANTE, A part.
Oh, oh! c'est assurément là Éraste. {Elle le rappelle.) Monsieur?
Avez-vous quelque chose à m'ordonner, madame?
MADEMOISELLE ARGANTE
Vous m'embarrassez. N'avez-vous que cela à me dire? Voyez; je vous écouterai volontiers, je n'ai plus de peur, vous m'avez rassurée.
ÉRASTE
Il me semble que je n'ai plus rien à dire après ce que je viens d'entendre.
MADEMOISELLE ARGANTB.
Je ne devais dire ce que je pense sur Éraste que dans un certain temps; et, si vous voulez, j'abrégerai le terme.
ÉRASTE
Vous le haïssez trop.
MADEMOISELLE ARGANTB.
Mais pourquoi en ètes-vous si fâché?
ÉRASTE
C'est que je prends part à ce qui le regarde.