LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE I, SCÈNE XIIL
LISETTE
Eh bien ! monsieur, sur ce pied-là, que n*allezfoas vous eusevellr dans quelque solitude où Ton ne TOUS Toie point? Si vous saviez combien aujourd'hui votre pbysioDomie est bonne à porter dans un désert, vous auriez le plaisir de n'y trouver rien de si triste qu'elle. Tenez, monsieur, Tennui, la langueur, la désolation, le désespoir, avec un air sauvage brochant sur le tout, voilà le noir tableau que représente actuellement votre TÎsage; et je soutiens que la vue en peut rendre malade, et qu'il y a conscience à la promener par le monde. Ce n*est pas là tout : quand vous parlez aax gens, c'est du ton d'un homme qui va rendre les derniers soupirs : ce sont des paroles qui traînent, qui vous engourdissent, qui ont un poison froid qui glace l'àme, et dont je sens que la mienne est gelée ; je n'en peux plus, et cela doit vous faire compassion. Je ne vous blâme pas; vous avez perdu votre maîtresse; vous vous êtes voué aux langueurs, vous avez fait vœu d'en mourir : c'est fort bien fait, cela édifiera le monde; on parlera de vous dans l'histoire; vous serez excellent à être cité, mais vous ne valez rien à être vu. Ayez donc la bonté de nous édifier de plus loin.
LE CHEVALIER
Lisette, je pardonne au zèle que vous avez pour votre maltresse, mais votre discours ne me platt point
Luanv.
Il est incivil.
LE CHEVALIEB.
Mon voyage est rompu; on ne change pas à tout moment de résolution, et je ne partirai point. A regard de M. le comte, je parlerai en sa faveur à votre maltresse; et s'il est vrai, comme je le préjuge, qu'elle ait du penchant pour lui, ne vous inquiétez de rien, mes visites ne seront pas fréquentes, et ma tristesse ne gâtera rien ici.
LISETTE
^'^avez-vous que cela à me dire, monsieur?
LE CHEVALIER
Que pourrais-je vous dire davantage?
Adieu, monsieur, je suis votre servante.