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LE CHEVALIER, LA MARQUISE

LA MARQUISE

Vous voilà brouillé avec Hortensîus, chevalier : de quoi vous avisez-vous de médire de Sénèque?

LE CHEVALIER

Sénèque et son défenseur ne m'inquiètent pas, pourvu que vous ne preoiez pas leur parti, madame.

Ah! je demeurerai neutre, si la querelle continue; car je m'imagine que vous ne voudrez pas la recommencer. Nos occupations vous ennuient, n'est-il pas vrai ?

LE CHEVALIER

Il faut être plus tranquille que je ne suis, pour réussir à s'amuser.

LA MARQUISE

Ne vous gênez point, chevalier; vivons sans façon. Vous voulez peut-être être seul; adieu, je vous laisse.

LE CHBVAUBR.

Il n'y a plus de situation qui ne me soit à charge.

LA MARQUISE

Je voudrais de tout mon cœur pouvoir vous calmer l'esprit. * \1ilU marche lentement.)

LE CHEVALIER

Ah! je m'attendais à plus de repos quand j'ai rompu mon voyage. Je ne ferai plus de projets, je vois bien que je rebute tout le monde.

LA MARQUISE, i*arrêtant au milieu du théâtre.

Ce que je lui entends dire là me touche ; il ne serait pas généreux de le quitter dans cet état-là. {Elle revieni.] Non, chevalier, VOUS ne me rebutez point : ne cédez point à votre douleur : tantôt vous partagiez mes chagrins; vous étiez sensible à la part que je prenais aux vôtres; pourquoi n'êtes-vous plus de même? C'est cela qui me rebuterait, par exemple; car la véritable amitié veut qu'on fasse quelque chose pour elle; elle veut consoler.

LE CHEVALIER

Aussi aurait-elle bien du pouvoir sur moi, si je la trouvais; personne au monde n'y serait plus sensible; j'ai le cœur fait pour elle : mais où estelle? je m'imaginais l'avoir trouvée; me voilà détrompé, et ce n'est pas sans qu'il en coûte à mon cœur.

LA MARQUISE

Peut-on de reproche plus injuste que celui que vous me faites? De quoi vous plaignez -vous, voyons? d'une chose que vous avez rendue nécessaire. Une étourdie vient vous proposer ma main : vous y avez de la répugnance, à la bonne heure; ce n'est point là ce qui me choque; un homme qui a aimé Angélique peut trouver les autres femmes bien inférieures; elle a dû vous rendre les yeux très-difficiles; et d'ailleurs tout ce qu'on appelle vanité là-dessus, je n'en suis plus.

LE CHEVALIER

Ah I madame, je regrette Angélique ; mais vous m'en auriez consolé, si vous aviez voulu.

LA MARQUISE

Je n'en ai pointde preuve: car cette répugnance, dont je ne me plains point, fallait-il la marquer ouvertement? Représentez-vous cette action-là de saug-froid ; vous êtes galant homme, jugez-vous : où est l'amitié dont vous parlez ? car, encore une

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