‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 252 sur 1238 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

USETTE, DAMIS.

LISETTE

C'est Damis... vraiment, qu'il est bien fait! Allons, le diable nous amène là une tentation bien conditionnée... C'est sans doute ma maltresse que vous cherchez, monsieur?

DAMIS

C'est elle-même, et l'on m'avait dit que je la trouverais ici.

LISETTE

Il est vrai, monsieur; mais elle a cru devoir se retirer, et m'a chargée de vous prier de sa part de me confier ce que vous voulez lui dire.

DAlilS.

Eh I pourquoi m'évile-t-elle? Est-ce que le mariage dont il s'agit ne lui plaît pas?

LISETTE

Mais, monsieur, il est bien hardi de se marier si vite.

DAMIS

Oh ! très-hardi.

LISETTE

Je vois bien que monsieur pense judicieusement.

DAMIS

On ne saurait donc la voir?

LISETTE

Excusez-moi, monsieur: la voici; c'est la môme chose, je la représente.

DAMIS

Soit ; j'en serai même plus libre à vous dire mes sentiments, et vous me paraissez fille d'esprit.

Vous avez l'air de vous y connaître trop bien pour que j'en appelle.

DAMIS

Venons à ce qui m'amène ; mon père, que je ne puis me résoudre de fâcher, parce qu'il m'aime beaucoup...

USETTE.

Fort bien : votre histoire commence comme la nôtre.

DAMIS

A souhaité le mariage qu'on veut faire entre votre maltresse et moi.

LISETTE

Ce début-là me platt.

DAMIS

Attendez jusqu'au bout ; j'étais donc à mon régiment, quand mon père m'a écrit ce qu'il avait projeté avec celui de Lucile ; c'est, je pense, le nom de la prétendue future ?

USETTE.

La prétendue I toujours à merveille.

DAMIS

Il m'en faisait un portrait charmant

LISETTE

style ordinaire.

Cela se peut bien ; mais elle est dans sa lettre la plus aimable personne du monde.

USETTE.

Souvenez-vous que je représente l'original, et que je serai obligée de rougir pour lui.

DAMIS

Mon père ensuite me presse de venir, me dit que je ne saurais, sur la fin de ses jours, lui donner de plus grande consolation qu'en épousant Lucile, qu'il est ami intime de son père, que d'ailleurs elle est riche, que je lui aurai une obligation éternelle du parti qu'il me procure, et qu'enfin dans trois ou quatre jours, ils vont, son ami, sa famille etlui, m'attendre à leurs maisonsde campagne, qui sont voisines, et où je ne manquerai pas de me rendre, à mon retour de Paris.

LISETTE

Eh bien ?

DAMIS

Moi, qui ne saurais rien refuser à un père si tendre, j'arrive, et me voici.

LISETTE

Pour épouser ?

DAMIS

Ma foi, non, s'il est possible.

{Ici Lucile $ort à moitié du cabinet,) LISETTE.

Quoi ! tout de bon ?

Je parle très-sérieusement; et comme on dit que Lucile est d'un esprit raisonnable, et que je lui dois être fort indifTérent, j'avais dessein de lui ouvrir mon cœur, afin de me retirer de cette aventure-ci.

LISETTE, riant.

Eh ! quel motif avez-vous pour cela? Est-ce que vous aimez ailleurs I

DAMIS

N'y a-t-il que ce motif-là qui soit bon? Je crois

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