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LES SERMENTS INDISCRETS, ACTE II, SCÈNE IV

LISETTE

Toî, me plaire I U faut donc que tu n*aies jamais rencontré ta grimace nulle part, puisque tu le crains! allons, parle, voyons ce que tu as à me dire; bàte-toi ; sinon je t'apprendrai ce que valent mes jeux, moi.

FRONTIN

Âhi I j'ai la moitié du cœur emportée de ce coup d'œil-là. Bon quartier, ma fille, je Ven conjure; ménageons-nous, nos intérêts le veulent; je ne suis resté que pour te le dire.

LISETTE

Achève, de quoi s*agit-il ?

FRONTIN

Tu me parais être le mieux du monde avec ta maîtresse.

Cest moi qui suis la sienne : je la gouverne.

FBONTIK.

Boni les rangs ne sont pas mieux observés entre mon maître et moi; supposons à présent que ta maltresse se marie.

USETTB.

Mon autorité expire, et le mari me succède.

FRONTIN

Si mon maître prenait femme, c'est un ménage qui tombe en quenouille ; nous avons donc intérêt qu'ils gardent tous deux le célibat.

LISETTE

Aussi ai-je défendu à ma maltresse d'en sortir, et heureusement son obéissance ne lui coûte rien.

FRONTIN

Ta pupille est d'un caractère rare ; pour mon jeune homme, il hait naturellement le nœud conjugal, et je lui laisse la vie de garçon; ces messieurs-là se sauvent; le pays est bon pour les maraudeurs. Or, il s'agit de conserver nos postes ; les pères de nos jeunes gens sont attaqués de vieillesse, maladie incurable et qui menace de faire bientôt des orphelins; ces orphelius-là nous reviennenf, ils tombent dans notre lot; ils sontd'àgc à entrer dans leurs droits, et leurs droits nous mettront dans les nôtres ; tu m'entends bien?

LISETTE

Je suis au fait; il ne faut pas que ce que tu dis soit plus clair.

Nous réglerons fort bien chacun notre ménage.

LISETTE

Otti-dà ; c'est un embarras qu'on prend volontiers, quand on aime le bien d'un maître.

FRONTIN

Si nous nous aimions tous deux, nous n'écarterions plus l'amour que nos orphelins pourraient prendre l'un pour l'autre ; ils se marieraient, et adieu nos droits.

USBTTB.

Tuas raison, Frontin, il ne faut pas nous aimer.

FRONTIN

Tu ne dis pas cela d'un ton ferme.

USETTB.

Eh I c'est que la nécessité de nous haïr gâte tout.

FRONTIN

Ma fille, brouillons-nous ensemble.

LISETTE

Les parties méditées ne réussissent jamais.

FRONTIN

Tiens, disons-nous quelques injures pour mettre un peu de rancune entre l'amour et nous; je te trouve laide, par exemple. Eh bien 1 tu ne souffles

Bon ! c'est que tu n'en crois rien.

FRONTIN

Quoi I vous pensez, ma mie... Morbleu ! détourne ton visage, il fait peur à mes injures.

LISETTE

Je ne sais plus ce que sont devenues toutes les laideurs du tien.

FRONTIN

Nous nous ruinons, ma fille.

LISETTE

Allons, ranimons-nous, voilà qui est fini ; tiens je ne saurais te soufi'rir.

FRONTIN

Quelqu'un vient, je n'ai pas le temps de m'acquitter; mais vous n'y perdrez rien, petite fille.

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