SCÈNE II
H. ORGON, LUGILE, PHÉNIGE.
M. ORGON, parlant à Luette^ avec qui ii entre.
Non, ma fille, je n'ai jamais prétendu vous contraindre ; quelque chose que vous me disiez, il est certain que vous ne l'aimez pas ; ainsi n'en
parlons plus. {Phéniceveut t^en aller,) RestCZ, Phé-
nice; je vous cherchais, etj'ai un mot à vousdire. Écoutez-moi toutes deux. Damis voulait épouser votre sœur; c'était là notre arrangement. Nous sommes obligés de le changer ; le cœur de Lucile en dispose autrement : elle ne l'avoue pas, mais ce n'est que par pure complaisance pour moi, et j'ai quitté ce projet-là.
LUCILB.
Mais, mon père, vous dirais-je que j'aime Damis! Gela ne siérait pas; c'est un langage qu'une fille bien née ne saurait tenir, quand elle en aurait envie.
M. ORGON
Encore I Et si je vous disais que c'est de Li sette elle-même que je sais qu'il ne vous plaît pas, ma fille 1 A quoi bon s'en défendre ? Je vous dispense de ces considérations-là pour moi ; et, pour trancher net, vous ne l'épouserez point; vos dégoûts pour lui n'ont été que trop marqués, et je le destine à votre sœur à qui son cœur se donne, et qui ne lui refuse pas le sien, quoiqu'elle persiste de son côté à me dire le contraire à cause de vous.
PHBNICB.
Moi l'épouser, mon père !
M. ORGON
Nous y voilà ; je savais votre réponse avant que vous me la fissiez. Je vous connais toutes doux : l'une, de peur de me fâcher, épouserait ce qu'elle n'aime pas ; l'autre, par retenue pour sa sœur, refuserait d'épouser ce qu'elle aime. Vous voyez bien que je suis au fait, et que je sais vous interpréter; d'ailleurs, je suis bien instruit, et je ne me trompe pas.
LUCILB, à part à Phéniee,
Parlez donc; vous voilà comme une statue.
PHBNICB.
En vérité, je ne saurais penser que ceci soit sérieux.
LUaLB.
Prenez garde à ce que vous ferez, mon père; vous vous méprenez sur ma sœur, et je lui vois presque la larme à l'œil.
M. ORGON
Si elles ne sont pas folles, c'est moi qui ai perdu l'esprit; adieu. Je vais informer monsieur Ergaste