LES SERMENTS INDISCRETS, ACTE IV, SCENE VIL
vos sentiments, n'est-il pas vrai? Il n'y a en vérité rien de plus plaisant; car, après ce qu*on vient de voir, qui est-ce qui ne gagerait pas que vous m'aimez?
DAUIS, d*un ton vif.
Eh bieni madame, on gagnerait la gageure; je ne me dédirai pas, et ne me perdrai point d'honneur.
PH1£NIC£, riant,
Qnoi ! votre amour tient bon 1
DÀlflS.
Je me sacrifierais plutôt.
PHBNIGB.
Je vous trouve encore un peu l'air de victime.
DAMIS
Tout comme il vous plaira, madame.
PHÊNICB.
Tant mieux pour vous si vous m'aimez, au reste ; car mon parti est pris, et je ne vous refuserais pas, quand vous en aimeriez une autre, quand je ne vous aimerais pas moi-même.
Et d'où pourrait venir cette étrange intrépidité-là?
PHÊNICB.
C'est que si vous ne m'aimiez point, noire mariage ne se ferait point, parce que vous n'iriez pas jusque-là; c'est qu'en y consentant, moi, c'est une preuve d'obéissance que je donnerais à mon père à fort bon marché, et que par là je le gagnerais pour un mariage plus à mon gré, qui pourrait se présenter bientôt. Vous voyez bien que j'aurais mon petit intérêt à vous laisser démêler celte intrigue, ce qui vous serait aisé en retournant à ma sœur qui ne vf)us hait pas, et que je croyais que vous ne haïssiez pas non plus; sans quoi, point de quartier.
DAMIS
Ah ! madame, où en suis-je donc?
PHBNIGB.
Qu'avez-vous? Ce que je vous dis là ne vous fait rien ; rappelez- vous donc que vous m'aimez.
DAMIS
Vous ne m*aimez pas vous-même.
PHËNICE.
Eh! qu'importe? Ne vous embarrassez pas; j'ai de la vertu ; avec cela on a de l'amour quand il faut.
DAMIS, en M prenant la main^ quUl baise.
Par tout ce que vous avez de plus cher, ne me laissez point dans l'état où je suis ; je vous en conjure, ne vous y exposez pas vous-même.
PHENICB, riant,
Damîs, il y a aujourd'hui une fatalité sur vos tendresses; voilà ma sœur, qui vous voit baiser ma main.
DAMIS, en te retirant ému»
Je sors; adieu, madame.
PHENICB.
Adieu donc, Damis, jusqu'au revoir.