‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 357 sur 1238 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ROSIMOND, HORTENSE.

HORTIRSB.

Bonnes nouvelles, monsieur le marquis 1 tout est paciûé.

ROSIMOND, te jelaiii à $e$ genoux,

El moi je meurs de douleur, et je renonce à tout, puisque je vous perds^ madame.

HORTBNSB.

Âh! ciell levez-vous, Rosimond; ne vous troublez pas, et dites-moi ce que cela signifie.

ROSDfOlTO.

Je ne mérite pas, Hortense, la bonté que vous aTez de m'entendre, et ce n'est pas en me flattant de vous fléchir que je viens d'embrasser vos ge- Doui. Non, je me fais justice; je ne suis pas même digne de votre haine, et vous ne. me devez que du mépris ; mais mon cœur vous a manqué de respect; il vous a refusé l'aveu de tout l'amour dont vous l'aviez pénétré, et je veux, pour l'en punir, vous déclarer les motifs ridicules du mystère qu'il vous en a fait. Oui, belle Hortense, cet amour que je ne méritais pas de sentir, je ne vous l'ai caché que par le plus misérable, par le plus incroyable orgueil qui fut jamais. Triomphez donc d'uQ malheureux qui vous adorait, qui a pourtant négligé de vous le dire, et qui a porté la présomption jusqu'à croire que vous l'aimeriez sans cela; voilà ce que j'étais devenu par de faux airs. Refusez-moi le pardon que je vous en demande; prenez en réparation de mes folies l'humiliation que j'ai voulu subir en vous les apprenant; si ce n'est pas assez, riez-en vous-même, et soyez sûre ' pardonne, d'en être toujours vengée par la douleur éter

Un moment de grâce, madame.

DORANTE, A Horiense,

Votre père consent à mon bonheur si vous y consentez vous-même, madame.

HORTENSE

Dans un instant, Dorante.

ROSIMOND, à Hortense,

Vous ne me dites rien, Hortense? Je n'aurais pas même en partant la triste consolation d'espérer que vous me plaindrez?

DORIMàNE.

Que veut-il dire avec sa consolation? De c(boi dcmande-t-il donc qu'on le plaigne?

ROSIMOND.

Ayez la bonté de ne pas m'interrompre.

HORTENSE

Quoi I Rosimond, vous m'aimez I .

ROSIMOND.

Et mon amour ne finira qu'avec ma vie.

DORIMÈNE

Mais parlez donc! répétez- vous une scène de comédie?

ROSIMOND.

Eh ! de grâce I

DORANTE, à Borlentê. Que dois-je penser, madame?

HORTENSE

Tout à l'heure» {A Rosimond.) Et VOUS n'aimez pa Dorimène?

ROSIMOND.

Elle est présente, et je dis que je vous adore, et je le dis sans être infidèle ; appi*ouvez que je n'en dise pas davantage.

DORIMENE.

Comment donc I vous l'adorez, vous ne m'aimez pas? A-t-il pcidu l'esprit? Je ne plaisante plus, moi.

DORANTE, à ïïortente»

Tirez-moi de l'inquiétude où je suis, madame.

ROSIMOND.

Adieu, belle Hortense; ma présence doit vous être à charge. Puisse Dorante, à qui vous accordez votre cœur, sentir toute l'étendue du bonheur que je perds! (A Dorante.) Tu me donnes la mort, Dorante : mais je ne mérite pas de vivre, et je te

DORIMENE.

QcUe que j'en emporte»

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