LE CIIEVAUER, HORTENSE, LE MARQUIS, LA
COMTESSE
LE MARQUIS
Voulez-vous bien revenir? J'ai un petit mot à vous communiquer.
HORTENSE
De quoi s*agit-il donc !
LE CHEVALIER
Vous me rappelez aussi; dois-je en tirer un bon augure ?
HORTENSE
Je croyais que vous alliez écrire.
LE MARQUIS
Rien n'empêche. Mais c'est que j'ai une proposition à vous faire, et qui est tout à fait raisoanable.
HORTENSE
Une proposition, monsieur le marquis? Vous m'avez donc trompée? Votre amour n'est pas aussi vrai que vous me l'avez dît.
LE MARQUIS
Que diantre voulez-vous ? On prétend aussi que VOUS ne m'aimez point; cela me chicane.
HORTENSE
}e ne vous aime pas encore, mais je vous aimerai. Et puis, monsieur, avec de la vertu, on se passe d'amour pour un inari.
Oh ! je serais un mari qui ne s'en passerait pas, moi. Nous ne gagnerions, à nous marier, que le loisir de nous quereller à notre aise, et ce n'est pas là une partie de plaisir bien touchante ; ainsi, tenez, accommodons-nous plutôt. Partageons le différend en deux : il y a deux cent mille francs sur le testament; prenez-en la moitié, quoique vous ne m'aimiez pas, et laissons là tous les notaires, tant vivants que morts.
LE CHEVALIER, ù part^ à UoTteuse,
Je ne crains plus rien.
HORTENSE
Vous n'y pensez pas, monsieur; cent mille francs ne peuvent entrer en comparaison avec l'avantage de vous épouser, et vous ne vous évaluez pas ce que vous valez.
LE MARQUIS
Ma foi ; je ne les vaux pas quand je suis de mauvaise humeur, et je vous annonce que j'y serai toujours.
HORTENSE
Ma douceur naturelle me rassure.
LE MARQUIS
Vous ne voulez donc pas? Allons notre chemin; vous serez mariée.
HORTENSE
C'est le plus court, et je m'en retourne.
Ne suis-je pas bien malheureux d'être obligé de donner la moitié d'une pareille somme à une personne qui ne se soucie pas de moi? Il n'y a qu a plaider, madame; nous verrons un peu si on me condamnera à épouser une fille qui ne m'aime pas.
HORTENSE
Et moi, je dirai que je vous aime; qui est-ce qui
LE LEGS, SCÈNE XVIIL
me prouvera le contraire, dès que je vous accepte? Je soutiendrai que c'est vous qui ne m*aimez pas, et qui même, dit-^n, en aimez une autre.
LB MARQUIS
Du moins, en tout cas, ne ia connalt-on point comme on connaît le chevalier.
HORTENSB.
Tout de même, monsieur; je la connais, moi.
LÀ COMTESSE
Eh I finissez, monsieur, finissez. Ah I Todieuse contestation I
HORTENSB.
Oui, finissons. Je vous épouserai, monsieur; il n'y a que cela à dire.
LE MARQUIS
Eh bien I et moi aussi, madame, et moi aussi.
Épousez donc.
LE MARQUIS
Oui, parbleu 1 j'en aurai le plaisir ; il faudra bien que l'amour vous vienne; et pour début de mariage, je prétends, s'il vous plaît, que monsieur le chevalier ait la bonté d'être notre ami de trèsloin.
LE CHEVALUER, à pari à BùHenêt.
Ceci ne vaut rien ; il se pique.
HORTENSB, à part OU chewtUer.
Taisez-vous. [Au margiiM.) Monsieur le chevalier me connaît assez pour être persuadé qu'il ne me Terra plus. Adieu, monsieur; je vais écrire mon blDet; tenez le vôtre prêt; ne perdons point de temps.
LA COMTESSE
Oh ! pour votre contrat, je vous certifie que vous irez le signer où il vous plaira, mais que ce ne sera pas chez moi. C'est s'égorger que se marier comme vous faites, et je ne prêterais jamais ma maison pour une si funeste cérémonie; vos fureurs iront se passer ailleurs, si vous le trouvez bon.
HORTENSB.
Eh bien! comtesse, la marquise est votre voisine; nous irons chez elle.
LE MARQUIS
Oui, si j'en suis d'avis; car enfin, cela dépend de moi. Je ne connais point votre marquise.
HORTENSB, iVn allant.
yimporte, vous y consentirez, monsieur. Je vous quitte.