SCÈNE XXIV
LE MARQUIS, LA COMTESSE
LE MARQUIS
Voici cette lettre que je viens de faire pour le notaire, mais je ne sais pas si elle partira; je ne suis point d'accord avec moiimême. On dit que TOUS souhaitez me parler, comtesse ?
Oui, c'est en faveur de Lépine. Il n*a voulu que TOUS rendre service; il craint que vous ne le congédiiez, et vous m'obligerez de le garder; c'est une grâce que vous ne me refuserez pas, puisque vous dites que vous m'aimez.
LE MARQUIS
Vraiment oui, je vous aime, et ne vous aimerai encore que trop longtemps.
LA COMTESSE
Je ne vous en empêche pas.
LE MARQUIS
Parbleu! je vous en défierais, puisque je ne saurais m'en empêcher moi-même.
LA COMTESSE, riOMf.
Ah! ah ! ah ! Ce ton brusque me fait rire.
LE MARQUIS
Oh! oui, la chose est fort plaisante !
LA COMTESSE
Plus que VOUS ne pensez.
LE MARQUIS
Ma foi, je pense que je voudrais ne vous avoir . jamais vue.
LA COMTESSE
Votre inclination s'explique avec des grâces infinies.
Bon ! des grâces! A quoi me serviraient-elles? iVa-t-il pas plu à votre cœur de me trouver haïssable?
LA COMTESSE
Que vous êtes impatientant avec votre haine! Eh! quelles preuves avez-vous de la mienne? Vous
n'en avez que de ma patience à écouter la bizarrerie des discours que vous me tenez toujours. Vous ai-je jamais dit un mot de ce que vous m'avez fait dire, ni que vous me fâchiez, ni que je vous hais, ni que je vous raille? Toutes visions que vous prenez, je ne sais comment, dans votre tête, et que vous vous figurez venir de moi . visions que vous grossissez, que vous multipliez à chaque fois que vous me répondez, ou que vous croyez me répondre ; car vous êtes d'une maladresse! Ce n'est non plus à moi que vous répondez, qu'à qui ne vous parla jamais; et cependant monsieur se plaint !
LE MARQUIS
C'est que monsieur est un extravagant.
LA COMTESSE
C'est du moins le plus insupportable homme que je connaisse. Oui, vous pouvez être persuadé qu'il n'y a rien de si original que vos conversations avec moi, de si incroyable.
LE MARQUIS
Comme votre aversion m'accommode 1
LA COMTBSSB.
Vous allez voir. Tenez, vous dites que vous m'aimez, n'est-ce pas? Je vous crois. Mais voyons; que souhaiteriez- vous que je vous répondisse?
LE MARQUIS
Ce que je souhaiterais? Voilà qui est bien dlfllcile à deviner! Parbleu, vous le savez de reste.
LA COMTESSE
Eh bien ! ne l'ai-je pas dit? Est-ce là me répondre? Allez, monsieur, je ne vous aimerai jamais non jamais.
LE MARQUIS
Tant pis, madame, tant pis! je vous prie de trouver bon que j'en sois fâché.
LA COMTESSE
Apprenez donc, lorsqu'on dit au gens qu'on les aime, qu'il faut du moins leur demander ce qu'ils en pensent.
LE MARQUIS
Quelle chicane vous me faites!
LA COMTESSE
Je n'y saurais tenir; adieu.
LE MARQUIS
Eh bien! madame, je vous aime; qu'en pensez-vous? Et encore une fois qu'en pensez- vous?
LA COMTESSE
Ah! ce que j'en pense? Que je le veux bien, monsieur; et encore une fois, que je le veux bien ; car, si je ne m'y prenais pas de cette façon, nous ne finirions jamais.
Ah! vous le voulez bien? Ah ! je respire, comtesse; donnez-moi votre main, que je la baise.
LE LEGS, SCÈNE XXV