‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 401 sur 1238 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

ADIiSE, CARISE.

CARISB.

Allons, laissez-la dire.

ADINB.

Vraiment, bien entendu ; elle me fait pitié.

CARISB.

Sortons d'ici; voilà l'heure de votre leçon de musique; je ne pourrai pas vous la donner si vous tardez.

ADINB.

Je vous suis, mais j'aperçois Mesrin; je n'ai qu'un mot à lui dire.

CARISB.

Vous venez de le quitter.

A DINE

Je ne serai qu'un moment en passant.

MESHIN, CARISE, ADINE.

ADINB appelle, Mesrin !

MESRIN, accourant.

Quoi! c'est vous, c'est mon Adine qui est revenue! que j'ai de joie! que j'étais impatient!

ADINB.

Eh ! non, retenez votre joie; je ne suis pas revenue, je m'en retourne; ce n'est que par hasard queje suis ici.

MESRIN.

Il fallait donc y être avec moi par hasard.

ADINB.

Écoutez, écoutez ce qui vient de m'arriver.

CARISB.

Abrégez, car j'ai autre chose à faire.

ADINE

J'ai fait, (i Jrefrîn.) Je suis belle, n'est-ce pas?

MESRIN.

nclle! si vous êtes belle?

ADINB.

Il n'hésite pas, lui; il dit ce qu'il voit.

MESRIN.

Si vous êtes divine, la beauté même?

ADINB.

Eh! oui, je n'en doute pas; et cependant vous, Carise et moi, nous nous trompons; je suis l&iUc.

MESRIN.

Mon Adine!

ADINE

Elle-même; en vous quittant, j'ai trouvé une nouvelle personne qui est d'un autre monde, et qui, au lieu d'être étonnée de moi, d'être transportée comme vous l'êtes et comme elle devrait l'être, voulait au contraire que je fusse charmée d'elle, et, sur le refus que j'en ai fait, m'a accusée d'être laide.

MESRIN.

Vous me mettez d'une colère !

ADINB.

M'a soutenu que vous me quitteriez quand vous l'auriez vue.

CARISB.

C'est qu'elle était fâchée.

MESRIN.

Mais, est-ce bien une personne?

ADINB.

Elle dit que oui, et elle en parait une, à peu près.

CARISB.

C'en est une aussi.

ADINB.

Elle reviendra sans doute, et je veux absolument que vous la méprisiez; quand vous la trouverez, je veux qu'elle vous fasse peur.

MESRIN.

Elle doit être horrible?

ADINB.

Elle s'appelle... attendez, elle s'appelle...

CARISE.

Églé.

ADINB.

Oui, c'est une Églé. Voici à présent comment elle est faite ; c'est un visage fâché, renfrogné, qui n'est pas noir comme celui de Carise, qui n*cst pas blanc comme le mien non plus; c'est une couleur qu'on ne peut pas bien dire.

MESRIN.

Et qui ne platt pas?

ADINB.

Oh! point du tout, couleur indifférente; elle a des yeux, comment vous dirai-je? des yeux qui ne font pas plaisir, qui regardent, voilà tout; une bouche ni grande ni petite, une bouche qui lui sert à parler; une figure toute droite, et qui serait pourtant à peu près comme la nôtre, si elle était bien faite; elle a des mains qui vont et qui viennent, des doigts longs et maigres, je pense, avec

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