DORANTE, ANGÉLIQUE
Oserais-je, sans être importun, madame, vous demander un instant d'entretien?
ANGÉLIQUE
Importun, Dorante! pouvez-vous l'être avec nous? Voilà un début bien sérieux. De quoi s'agit-il?
OORANTB.
D'une proposition que monsieur le marquis m'a permis de vous faire, qu'il vous rend la maîtresse d'accepter ou non, mais dont j'hésite à vous parler, et que je vous conjure de me pardonner, si elle ne vous platt pas.
ANGÉLIQUE
C'est donc quelque chose de bien étrange? Attendez; ne serait-il pas question d'un certain mariage, dont Lisette m'a déjà parlé?
DORANTE
Je ne l'avais pas priée de vous prévenir; mais c'est de cela même, madame.
ANGÉLIQUE
En ce cas-là, tout est dit. Dorante; Lisette m*a tout conté. Vos intentions sont louables, et votre projet ne vaut rien. Je vous promets de l'oublier. Parlons d'autre chose.
DORANTE
Mais, madame, permettez-moi d'insister; le récit de Lisette peut n'être pas exact.
Dorante, si c'est de bonne foi que vous avez craint de me fâcher, la manière dont je m'explique doit vous arrêter, ce me semble ; et je vous le répète encore, parlons d'autre chose.
DORANTE
Je me tais, madame, pénétré de douleur de vous avoir déplu.
ANGÉLIQUE, riant.
Pénétré de douleur I C'en est trop; il ne faut point être si affligé, Dorante. Vos expressions sont trop fortes; vous parlez décela conune du plus grand des malheurs!
DORANTE
C'en est un très-grand pour moi, madame, que de vous avoir déplu. Vous ne connaissez ni mon attachement ni mon respect.
ANGÉUQUE.
Encore? Je vous déclare, moi, que vous me désespérez, si vous ne vous consolez pas. Consolezvous donc par politesse, et changeons de matière. Aurons-nous le plaisir de vous avoir encore ici quelque temps? Comptez-vous y faire un peu de séjour?
DORANTE
Je serais trop heureux de pouvoir y demeurer toute ma vie, madame...
ANGÉLIQUE
Tout de bon ! Et moi, trop enchantée de vous y voir pendant toute la mienne. Continuez.
Je n'ose plus vous répondre, madame.
ANGÉLIQUE
Pourquoi? je parle votre langage; je réponds à