‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 441 sur 1238 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

FÉLICÏE, HORTENSE.

FÉLICIE

n faut avouer qu'il fait un beau Jour.

HORTENSE

Aussi y a-t-il loDg-femps que nous nous promenons.

FÉLICIE

Le plaisir d*ètre avec vous, qui est toujours si grand pour moi, ne m'a jamais été plus sensible.

HORTENSE

Je crois, en effet, que vpus m*aimez, Félicie.

FÉLICIE

Vous croyez, madame 1 Quoi! n'est-ce que d'aujourd'hui que vous êtes bien sûre de cette véritélà, vous avec qui je suis dès mon enfance, vous à qui je dois tout ce que je puis avoir d'estimable dans le cœur et dans l'esprit?

Il est vrai que vous avez toujours été l'objet de mes complaisances ; et s'il vous reste encore quelque chose à désirer de mon pouvoir et de ma science, vous n'avez qu'à parler, Félicie; je ne vous ai aujourd'hui amenée ici que pour vous le dire.

FÉUCIE.

Vos bontés m'ont-elles rien laissé à souhaiter?

HORTENSE

N'y a-t-il point quelque vertu, quelque qualité dont je puisse encore vous douer?

FÉUCIE.

Il n'y en a point dont vous n'ayez voulu embellir mon àme.

HORTENSE

Vous avez bien de l'esprit; en demandez-vous encore?

FÉLICIE

Je m'en fie à votre tendresse ; elle m'en a sans doute donné tout ce qu'il m'en faut.

HORTENSE

Parcourez tous les avantages possibles, et voyez celui que je puis augmenter en vous, ou bien ajouter à ceux que vous avez ; rêvez-y.

FÉuaE.

J'y rêve, puisque vous me l'ordonnez, et jusqu'ici je ne vois rien; car, enfin, que demandcrais-je?... Attendez pourtant, madame ;de8 grâces, par exemple; je n'y songeais point; qu'en ditesvous? U me semble que je n'en ai pas assez.

HORTBNSB.

Des grâces, Félicie! je m'en garderai bien; la nature y a suffisamment pourvu ; et si je vous en donnais encore, vous en auriez trop; je vous nuirais.

FÉLICIE

Ahl madame, ce n'est assurément que par bonté que vous le dites.

HORTENSE

Non ; je vous parle sérieusement.

FÉLICIB.

Je pense pourtant que je n'en serais que mieux, si j'en avais un peu plus.

HORTENSE

L'industrie de toutes vos réponses m'a fait deviner que vous en viendriez là.

FÉLICIE

Hélas ! madame, c'est de bonne foi ; si je savais mieux, je le dirais.

HORTBNSB.

Songez que c'est peut-être de tous les dons le plus dangereux que vous choisissez, Félicie.

FELICIE.

Dangereux, madame! oh! que non. Vous m'avez trop bien élevée; il n'y a rien à craindre.

HORTBNSB.

Vous ne vous y arrêtez pourtant que par Teovie de plaire.

FÉUCIE.

De plaire? Non. Ce n'est pas positivement cela;

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