‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 509 sur 1238 · ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR, SCÈNE XX · texte numérisé non relu

ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR, SCÈNE XX

seraitle tuer moi-même. Ah! maudite fée! Hais essayons mes yeux; le voilà qui vient

(ir/efuÎR entre iritte et la tête penchée; il ne dit mot jwqfi'aupréê de Silvia, Il $e présente à elle, la refvde nu moment tons parler; et après, Trivelin, iniiible, entre,)

ABLEQUnf.

Mon amie!

SILVIAy d'un air libre.

Eh bien?

ARUEQITIN.

Regarde-moi.

SILVIA, embarrassée.

A quoi sert tout cela? On m'a fait venir ici pour TOUS parler; j'ai hâte. Qu*estrce que vous voulez? ARLIQUIN, tendrement.

Est-ce vrai que vous m*avez fourbe?

SILVIA

Oui; tout ce que j'ai fait, ce n'était que pour me donner du plaisir.

ARLIQUIN, S* approchant d'elle tendrement.

Mon amie, dites franchement; cette coquine de fée n'est point ici, car elle en a juré. [En flattant Sihit.) Là, là, remettez-vous, mon petit cœur; dites, étes-vous une perfide? Allez-vous être la femme d'un vilain berger?

SILVIA

Oui, encore une fois; tout cela est vrai. ARLEQUIN, pleurant de toute sa force.

Hilhilhi!

SILVIA, à part.

Le courage me manque. {Arlequin cherche dans ses pochet ; il en lire un petit couteau qu'il aiguiie sur ia uanehe.) Qu'allez- VOUS donc faire? (Arlequin, sans répondre, allonge le bras comme pour prendre sa iecousse, tt ovrre un peu son estomac.) Ahl il se va tuer. Arrêtez-Tous, mon amant; j'ai été obligée de vous dire

des menteries. {En parlant à la fée qu'elle croit û côté

feiie.) Madame la fée, pardonnez-moi. En quelque endroit que vous soyez ici, vous voyez bien ce qu'il en est.

Ab! quel plaisir! Soutenez-moi, m'amour;je m'évanouis d'aise. (SiMa le soutient, Trivslin paraît loti éCun coup à leurs yeux,)

SILVU, surprise.

Âh! voilà la fée.

TRIVBLIN.

Non, mes enfants, ce n'est pas la fée; mais elle n'a donné son anneau, afin que je vous écoutasse sans être vu. Ce serait bien dommage d'abandonner de si tendres amants à sa fureur; aussi bien ne mérite-t-elle pas qu'on la serve, puisqu'elle est infidèle au plus généreux magicien du monde à <)ni je suis dévoué. Soyez en repos; je vais vous donner un moyen d'assurer votre bonheur. Il faut qu'Arlequin paraisse mécontent de vous, Silvia ;

{ et que, de votre côté, vous feigniez de le quitter j en le raillant. Je vais chercher la fée qui m'allcnd, : à qui je dirai que vous vous êtes parfaitement acquittée de ce qu'elle vous avait ordonne; clic sera témoin de votre retraite. Pour vous. Arlequin, quand Silvia sera sortie, vous resterez avec la fée . et alors, en l'assurant que vous ne songez plus à Silvia infidèle, vous jurerez de vous attacher à la magicienne, et tâcherez par quelque tour d adresse, et, comme en badinant, de lui prendre sa baguette. Je vous avertis que dès qu'elle sera dans vos mains, la fée n'aura plus aucun pouvoir sur vous deux ; et qu'en la touchant elle-même d'un coup de baguette, vous en serez absolument le maître. Pour lors vous pourrez sortir d'ici et vous faire telle destinée qu'il vous plaira.

i SILVIA.

^ Je prie le ciel qu'il vous récompense.

ARLEQUIN

Oh! quel honnête homme! Quand j'aurai la baguette, je vous donnerai votre plein chapeau de liards.

TRIVELIN

Préparez-vous ; je vais amener ici la fée.

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