‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 515 sur 1238 · PIERRE, JACQUELINE · texte numérisé non relu

PIERRE, JACQUELINE

PIERRE

Tiaos, Jacquclaine, t'as uae himeur qui me fâche. Pargué! eoeore faut-ii dire queuque parole d'amiquié aux gens.

JACQUELINE

Mais qu'est-ce qu'il le faut donc? Tu me veux poar ta femme; eh biani est-ce que je recule à cela?

PIERRE

Bon! qu'est-ce que ça dit? Est-ce que toutes les filles n'aimont pas à devenir la femme d'un homme?

JACQUELINE

Tredame! c'est donc un oisiau bien rare qu'un homme, pour en être si envieuse?

PIERRE

Eh! la, la, je parle en discourant; je savons bian que l'oisiau n'est pas rare; mais quand une fille est grande, aile a la fantaisie d'en avoir un, et il n'y a pas de mal à ça, Jacqueline; car ça est vrai, et tu n'iras pas là contre.

JACQUELINE

Acoute; n'ons-je pas d'autres amoureux que toi? Est-ce que Biaise et le gros Colas ne sont pas tflbiés de moi tous deux? Est-ce qu'ils ne sont pas des hommes aussi bian que toi?

PIERRE

Eh mais 1 je pense qu'oui.

JACQUBUNB.

Eh bîanl butor, je te baille la parfarence. Qn'as-tu à dire à ça?

PIERRE

C'est que tu m'aimes mieux qu'eux tant seulement; mais si je n& te prenais pas, moi, ça te fâcherai t-il? '

JACQUELINE

Ohl dame, 't'en. veux trop savoir.

PIERRE

Eh! morguienne! voilà le tu aûiem; je veux de l'amiquié pour la parsonne de moi tout seul. Quand tout le village vianrait te dire : Jacquelaine, épouse-moi , je voudrais que tu fisses bravement la grimace à tout le village, et que tu lui disis : Nennin-dà, je veux être la femme de Piarre, et pis c'est tout. Pour ce qui est d'en cas de moi, si j'allais être un parûde, je voudrais que tu te fâçhisses rudement, et que t'en pleurisses tout ton soûl ; et velà marguéi ce qu'en appelle aimer le monde. Tians, moi qui te parle, si t'allais me changer, il n'y aurait pus de çarvelle cheu moi; c'est de Tamiquié que ça. Tatigué ! que je serais content si tu pouvais itou devenir folle ! Ah 1 que ça serait touchant! Ma pauvre Jacquelaine, dis-moi queuque mot qui me fasse comprendre que tu pardrais un petit brin l'esprit.

JACQUELINE

Va, va, Piarre, je ne dis rien; mais je n'en pense pas moins.

PIERRE

Et penses-tu que lu m'aimes, par hasard? Dismoi oui ou non.

JACQUELINE

Devine lequel.

PIBRRB.

Regarde-moi entre deux yeux. Tu ris, tout comme si tu disais oui. Ehl ehl ehl qu'en dis-tu?

JACQUELINE

Eh! je dis franchement que je serais bian empêchée de ne pas t'aimer; car t'es bien agrlable.

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