‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 53 sur 1238 · DÉMOCRITE, CRISPIN, PHILINE · texte numérisé non relu

DÉMOCRITE, CRISPIN, PHILINE

DÉMOCRITE

La voilà.

CRISPIN

Je la vois.

Mon humeur lui plaira, j'en juge à son minois.

DÉMOcarrE.

Ma fille, c'est Ariste.

Oh ! oh ! que de fontange !

Il faut quitter cela, ma mignonne, mon ange.

PHILINE

Eh ! pourquoi les quitter?

I DÉMOCRITE

Quelles sont vos raisons?

CRISPIN

Oui, oui, parmi les bœufs, les vaches, les dindons, U vous fera beau voir de rubans tout ornée I Dans huit jours vous serez couleur de cheminée. Tous mesbiens sont ruraux,ilfautbeaucoupdesoin: Tantôt c'est au grenier, pour descendre du foin ; Veiller sur les valets, leur préparer la soupe ; Filer tantôt du lin, et tantôt de i'étoupe; A faute de valets, souvent laver les plats. Éplucher la salade, et refaire les draps ; Se lever avant jour, en Jupe ou camisole; Pour éveiller ses gens, crier comme une foîle : Voilà, ma chère enfant, désormais votre emploi, Et de ce que je veux faites-vous une loi.

PHILINE

Dieux! queloriginallje n'en veux point, mon père I

DÉMOCRITE

Ce rustique bourgeois commence à me déplaire.

CRISPIN. [mignons :

Ses souliers, pour les champs, sont un peu trop Dans une biasse-cour, des sabots seront bons.

PHILINE

Des sabots !

Des sabots !

CRISPIN

Oui, des sabots, ma fille.

Sachez qu'on en porta toujours dans ma famille:; Et j'ai même un cousin, à présent financier. Qui jadis, sans reproche, était un sabotier. Croyez-moi, vous serez mille fois plus charmante. Quand, au lieu de damas, habillée en servante, Et devenue enfin une grosse dondon.

De ma maison des champs vous prendrez le timon.

DÉMOCRITE

Le prenne qui voudra : mais je vous remercie. Non, je n'en vis jamais de si sot en ma vie. Adieu, sieur campagnard ; je vous donne un bon- Pour ma fille, jamais n'espérez de l'avoir, [soin Laissons-le.

CRISPIN

Dieu vous garde. Oh! bien, qu'elle choisisse; Qu'elle prenne un garçon, Normand, fireton ou Eh 1 que m'importe à moi I [Suisse ;

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