‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 532 sur 1238 · LA SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

LA SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE IL

COLOMDINB.

Haml il y a du Lélio? votre taciturnité ii*est pas si louable que je le pensais. La mienne, à dire vrai, n*est pas plus méritoire. Je me taisais à peu près dans le même goût ; je ne rêve pas à Lélio ; mais je suis autour de cela, je rêve au valet.

LA COMTESSE

Mais que veux-tu dire? Quel mal y a-t-il à penser à ce que je pense?

Oh! pourdumal,iI n'y en a pas; mais jecroyais que vous ne disiez mot par pure paresse de langue, et je trouvais cela beau dans une femme; car on prétend que cela est rare. Mais pourquoi jugezvous qu'il n'est pas nécessaire que vous voyiez si souvent Lélio?

hk' COMTESSE.

Je n'ai d'autres raisons pour lui parler que le mariage de ces jeunes gens. Il ne m'a point dit ce qu'il veut donner à la fille ; je suis bien aise que le neveu de mon fermier trouve quelque avantage; mais, sans nous parler, Lélio peut me faire savoir ses intentions, et je puis le faire informer des miennes.

' COLOMBLNE.

L'imagination est tout à fait plaisante.

LA COMTESSE

fie vas-tu pas faire un commentaire là-dessus ?

COLOMBINE

Comment! il n'y a point de commentaire à cela. Malepesle! c'est un joli trait d'esprit que celte invention. Le chemin de tout le monde, quand on a affaire aux gens, c'est d'aller leur parler; mais cela n'est pas commode. Le plus court est des'entrenir de loin ; vraiment on s'entend bien mieux. Lui parlerez-vous avec une sarbacane, on par procureur?

LA COMTESSE

Mademoiselle Golombine, vos fades railleries ne me plaisent point du tout; je vols bien les petites idées que vous avez dans l'esprit.

Je me doute, moi, que vous ne vous doutez pas des vôtres; mais cela viendra.

LA COMTESSE

Taisez-vous.

COLOMBINE

Mais aussi de quoi vous avisez-vous, de prendre un si grand tour pour parler à un homme? Monsieur, soyons amis tant que nous resterons ici ; nous nous amuserons, vous à médire des femmes, moi à mépriser les hommes : voilà ce que vous lui avez dit tantôt. Est-ce que l'amusement que vous avez choisi ne vous plaît plus?

LA COMTESSE

D me plaira toujours; mais j'ai songé que je mettrai Lélio plus à son aise en ne le voyant plus. D'ailleurs, la conversation que nous avons eue tantôt ensemble, jointe aux plaisanteries que le

baron a continué de faire chez moi, po'urraient donner matière à de nouvelles scènes que je suis bien aise d'éviter. Tiens, prends ce billet.

COLOMBINE

Pour qui ?

LA COMTESSE

Pour Lélio. C'est de cette paysanne qu'il s'agit; je lui demande réponse.

COLOMBINE

Un billet à monsieur Lélio, exprès pour ne point donnerjnatière à la plaisanterie ! Mais voilà des précautions d'un jugement 1...

Fais ce que je te dis.

COLOMBINE

Madame, c'est une maladie qui commence; votre cœur en est à son premier accès de fièvre. Tenez, le billet n'est plus nécessaire; je vois Lélio qui s'approche.

LA COMTESSE

Je me retire; faites votre commission.

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