‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 542 sur 1238 · LA SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

LA SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE VIL

LKLIO, «mu f entendre.

Morbleu! je n*enteads parler que d'amour. Eh ! laissez-moi respirer, vous autres I Vous me lassez; faites comme il vous plaira. J'ai la tète remplie de femmes et de tendresse; ces maudites idées-là me suiveot partout, et elles m'assiègent. Arlequin d'un côté, les folies de la comtesse de l'autre ; et toi aussi?

JACQUELINE

Monsieur, c'est que je vians vous dire que je veux m'en aller.

LÉLIO

Pourquoi?

JACQUELINE

C'est que Piarre ne m'aime plus; ce misérablelà s'est amouraché de la fille à Thomas. Tenez, monsieur, ce que c'est que la cruauté des hommes! Je l'ai vu qui batifolait avec elle; moi, pour le faire venir, je lui ai fait comme ça avec le bras: Hé! hi! allons; et le vilain qu'il est, m'a fait comme cela un geste du coude; cela voulait dire : Va te promener. Oh! que les hommes sont traîtres! Voilà qui est fait, j'en suis si soûle que je n'en veux plus entendre parler; et je vians pour cet effet vous demander mon congé.

LÊLIO.

De quoi s'avise ce coquin-là, d'élre infidèle?

JACQUELINE

Je ne comprends pas cela ; il m'est avis que c'est un rêve.

LÉLlO.

Tu ne le comprends pas? C'est pourtant un vice dont il a plu aux femmes d'enrichir l'humanité.

JACQUELINE

Qui que ce soit, voilà de belles richesses qu'on a boutées là dans le monde.

LÉLIO

Va, va, Jacqueline, il ne faut pas que tu t'en ailles.

JACQUELINE

01 1 ! monsieur, je ne veux pas rester dans le village; car on est si faible! Si ce garçon-là me recherchait, je ne sis pas rancuneuse, il y aurait du rapatriage, et je prétends être brouillée.

LÉLIO

Ne te presse pas; nous verrons ce que dira la comtesse.

JAC^lUELINE.

Hum! la voilà, cette comtesse. Je m'en vas. Piarre est son valet, et ça me fâche ilou contre elle.

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