‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 56 sur 1238 · CRISPIN, LE FINANCIER · texte numérisé non relu

CRISPIN, LE FINANCIER

LE FINANCIER, arrivant sans voir Crispin.

Oui, voilà sa demeure; Sans doute je pourrai le trouver à cette heure. Mais, est-ce toi, Crispin?

CRISPIN

C'est votre serviteur.

Et quel hasard, monsieur, ou plutôt quel bonheur Fait qu'on vous trouve ici ?

LE FINANCIER

J'y fais un mariage.

CRISPIN

Vous mariez quelqu'un dans ce petit village?

Connais-tu Démocrite?

CRISPIN

Eh I je loge chez lui.

LE FINANCIER

Quoi ! tu loges chez lui? j y viens moi-même aussi.

CRISPIN

Et qu'y faire?

LE FINANCIER

J'y viens pour épouser sa fille.

CRISPIN

Quoi I vous vous alliez avec cette famille!

LE FINANCIER

Eh ! ne fais-je pas bien ?

CRISPIN

Je suis de la maison.

Et je ne puis parler.

LE FINANCIER

Tu me donnes soupçon :

De grâce, explique-toi.

CRISPIN

Je n'ose vous rien dire.

Quoi! tu me cacherais?...

CRISPIN

Je n'aime point à nuire.

LE FINANCIER

Crispin, encore un coup...

CRISPIN

Ah I si l'on m'entendait, Je serais mort, monsieur, et Ton m'assommerait.

LE FINANCIER

Quoi! Crispin autrefois qui fut à mon service!...

CRISPIN

Enfin, vous voulez donc, monsieur, que je périsse?

LE FINANCIER

Ne t'embarrasse pas.

CRISPIN

Gardez donc le secret.

Jq suis perdu, monsieur, si vous n'êtes discret. Je tremble.

LE FINANCIER

Parle donc.

CRISPIN

Eh bien donc! cette fille, Son père et ses parents et toute la famille, Tombent d'un certain mal que je n'ose nommer.

Ah ! Crispin, quelle horreur! tu me fais frissonner. Je venais de ce pas rendre visite au père. Et peut-être, sans toi, j'eusse fini l'affaire. A présent, c'en est fait, je ne veux plus le voir; Je m'en retourne enfin à Paris dès ce soir.

CRISPIN

Je m'enfuis, mais surtout gardez bien le Silence.

LE FINANCIER

Tiens.

CRISPIN

Je n'exige point, monsieur, de récompense.

LE FINANCIER

Tiens donc.

CRISPIN

Vous le voulez, il faut vous obéir.

Adieu, monsieur : mottis!

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