CRISPIN, LE FINANCIER
LE FINANCIER, arrivant sans voir Crispin.
Oui, voilà sa demeure; Sans doute je pourrai le trouver à cette heure. Mais, est-ce toi, Crispin?
CRISPIN
C'est votre serviteur.
Et quel hasard, monsieur, ou plutôt quel bonheur Fait qu'on vous trouve ici ?
LE FINANCIER
J'y fais un mariage.
CRISPIN
Vous mariez quelqu'un dans ce petit village?
Connais-tu Démocrite?
CRISPIN
Eh I je loge chez lui.
LE FINANCIER
Quoi ! tu loges chez lui? j y viens moi-même aussi.
CRISPIN
Et qu'y faire?
LE FINANCIER
J'y viens pour épouser sa fille.
CRISPIN
Quoi I vous vous alliez avec cette famille!
LE FINANCIER
Eh ! ne fais-je pas bien ?
CRISPIN
Je suis de la maison.
Et je ne puis parler.
LE FINANCIER
Tu me donnes soupçon :
De grâce, explique-toi.
CRISPIN
Je n'ose vous rien dire.
Quoi! tu me cacherais?...
CRISPIN
Je n'aime point à nuire.
LE FINANCIER
Crispin, encore un coup...
CRISPIN
Ah I si l'on m'entendait, Je serais mort, monsieur, et Ton m'assommerait.
LE FINANCIER
Quoi! Crispin autrefois qui fut à mon service!...
CRISPIN
Enfin, vous voulez donc, monsieur, que je périsse?
LE FINANCIER
Ne t'embarrasse pas.
CRISPIN
Gardez donc le secret.
Jq suis perdu, monsieur, si vous n'êtes discret. Je tremble.
LE FINANCIER
Parle donc.
CRISPIN
Eh bien donc! cette fille, Son père et ses parents et toute la famille, Tombent d'un certain mal que je n'ose nommer.
Ah ! Crispin, quelle horreur! tu me fais frissonner. Je venais de ce pas rendre visite au père. Et peut-être, sans toi, j'eusse fini l'affaire. A présent, c'en est fait, je ne veux plus le voir; Je m'en retourne enfin à Paris dès ce soir.
CRISPIN
Je m'enfuis, mais surtout gardez bien le Silence.
LE FINANCIER
Tiens.
CRISPIN
Je n'exige point, monsieur, de récompense.
LE FINANCIER
Tiens donc.
CRISPIN
Vous le voulez, il faut vous obéir.
Adieu, monsieur : mottis!