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LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE IL

dre? Force-t-on les gens à recevoir des présents malgré eux ?

TRIVELIN

Voyez, depuis deux jours que tous êtes ici, comment il tous traite. N*étes-yous pas déjà servie comme si vous étiez sa Temme? Voyez les honneurs qu*il vous fait rendre, le nombre de femmes qui sont à votre suite, les amusements qu*on tâche de voas procurer par ses ordres. Qu'est-ce qu'Arlequin au prix d'un prince plein d'égards, qui ne f eut pas même se montrer qu'on ne vous ait disposée à le voir; d'un prince jeune, aimableet rempli d'amour? Car vous le trouverez tel. Eh ! madame, ouvrez les yeux, voyez votre fortune, et profitez de ses faveurs.

sn.vu.

Dites-moi ; vous et toutes ces femmes qui me parlent, vous a-t-on mis avec moi, vous a-t-on payés pour m'impatienter, pour me tenir des discours qui n'ont pas le sens commun, qui me font pitié?

TRIVBLIN.

Oh! parbleu ! je n'en sais pas davantage; voilà tout l'esprit que j'ai.

SILVIA

Sur ce pied-là, vous seriez tout aussi avancé de n'en point avoir du tout.

TRIVKUN.

Mais encore, daignez, s'il vous plaît, me dire en quoi je me trompe.

SILVU.

Oui, je vais vous le dire, en quoi; oui...

TRIVSLIN.

Eh! doucement, madame; mon dessein n'est pas de vous fâcher.

SILVIA

Vous êtes donc bien maladroit.

TRIVBLIN.

Je suis votre serviteur.

SILVU.

Eh bien! mon serviteur, qui me vantez tant les honneurs que j'ai ici, qu'ai-je à faire de ces quatre on cinq fainéantes qui m'espionnent toujours? On m'ête mon amant, et on me rend des femmes à la place; ne voîlà-t-il pas un beau dédommagement? Et OQ veut que je sois heureuse avec cela I Que m'importe toute cette musique, ces concerts et cette danse dont on croit ine régaler? Arlequin chantait mieux que tout cela, et j'aime mieux danser moi-même que de voir danser les autres; entendez-vous? Une bourgeoise, contente dans un petit village, vaut mieux qu'une princesse qui pleure dans un bel appartement. Si le prince est si tendre, ce n'est pas ma faute; je n'ai pas été le chercher; pourquoi m'a-t-il vue? S'il est jeune et timable, tant mieux pour lui; j'en suis bien aise. Qu'il garde tout cela pour ses pareils, et qu'il me laisse mon pauvre Arlequin, qui n'est pas plus gros monsieur que je suis grosse dame, pas plus

riche que moi, pas plus glorieux que moi, pas mieux logé; qui m'aime sans façon, que j'aime de même, et que je mourrai de chagrin de ne pas voir. Hélas! le pauvre enfant, qu'en aura-t-on fait? Qu'est-il devenu? H se désespère quelque part, j'en suis sûre; car il a le cœur si bon! Peut-être aussi qu'on le maltraite... Je suis outrée. Tenez, voulez-vous me faire un plaisir? Otez-vous de là, je ne puis vous souffrir; laissez-moi m'affilger en repos.

TRIVELIN

Le compliment est court, mais il est net. Tranquillisez-vous pourtant, madame.

SILVIA

Sortez, sans répondre ; cela vaudra mieux.

TRIVELIN

Encore une fois calmez-vous. Vous voulez Arlequin, il viendra incessamment; on est allé le chercher.

SiLVLà, avte un ioupir^

Je le verrai donc?

TRIVBLIN.

Et vous lui parlerez aussi.

SILVLà.

Je vais l'attendre; mais si vous me trompez, je ne veux plus ni voir ni entendre personne. {Pendant qu'elle êort^ le prince et Fiaminia entrent d'un autre cCtéf et la regardent êortir,)

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