‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 565 sur 1238 · LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE 1, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE 1, SCÈNE IV

modestie de ces femmes-là n'est pas faite comme la nôtre ; nous avons des dispenses qui le scandaliseraient. Ainsi ne regrette plus ces mouches, et mets-en la valeur dans tes manières; c'est de ces manières que je te parle ; je te demandes! tu sauras les avoir comme il faut? Voyons, que lui diras-tu?

LISETTE

Mais je lui dirai... Que lui dirais-tu, toi ?

FLAMINU.

Écoute-moi; point d'air coquet d'abord. Par exemple, on voit dans ta petite contenance un dessein de plaire; oh! il faut en effacer cela ; tu mets je ne sais quoi d'étourdi et de vif dans ton geste; quelquefois c'est du nonchalant, du tendre, du mignard; tes yeux veulent être fripons, veu- { lent attendrir, veulent frapper, font mille singeries ; ta tête est légère; ton menton porte au vent; tu cours après un air jeune, galant et dissipé. Parles-tu aux gens, leur réponds-tu? Tu prends de certains tons, tu te sers d'un certain langage, et le tout finement relevé de saillies folles. Oh ! toutes ces petites impertinences-là sont très-jolies dans une fille du monde; il est décidé que ce sont des grâces; le cœur des hommes est tourné comme cela; voilà qui est fini. Mais ici il faut, s'il te plaît, faire main basse sur tous ces agréments-là. Le petit homme en question ne les approuverait point; il n'a pas le goût si fort, lui. Tiens, c'est tout comme un homme qui n'aurait jamais bu que de belle eau bien claire; le vin ou l'eau-de-vie ne lai plairait pas.

LISETTE

Mais, à la façon dont tu arranges mes agréments, je ne les trouve pas si jolis que tu dis.

FLAMINIA

Boni c'est que je les examine, moi ; voilà pourqooi ils deviennent ridicules; mais tues en sûreté de la part des hommes.

LISETTE

Que mettrai-je donc à la place de ces imperti- Dences que j'ai?

FLAMINIA

Rien; tu laisseras aller tes regards comme ils iraient, si ta coquetterie leur permettait de rester en repos; ta tête comme elle se tiendrait, si tu ne songeais pas à lui donner des airs évaporés; et ta contenance tout comme elle est, quand personne ne le regarde. Pour essayer, donne-moi quelque échantillon de ton savoir-faire. Regardemoi d'un air ingénu.

LISETTE

Tiens, ce regard-là est-il bon?

FLAMINLA.

Huml il a encore besoin de quelque correction.

LISETTE

Ob! dame, veux-tu que je te dise? Tu n'es qu'une femme; est-ce que cela anime? Laissons

cela; car tu m'emporterais la fleur de mon rôle. C'est pour Arlequin, n'est-ce pas?

FLAMINLA.

Pour lui-même.

LISETTE

Mais, le pauvre garçon ! si je ne l'aime pas, je le tromperai; je suis fille d'honneur, et je m'en fais un scrupule.

FLAMINU.

S'il vient à t'aimer, tu l'épouseras, et cela fera ta fortune; as-tu encore des scrupules? Tu n'es, non plus que moi, que la fille d'un domestique du prince, et tu deviendras grande dame.

LISETTE

Oh! voilà ma conscience en repos; et en ce cas-là, si je l'épouse, il n'est pas nécessaire que je Taime. Adieu ; tu n'as qu'à m'averlir quand il sera temps de commencer.

FLAMINIA

Je me retire aussi; car voilà Arlequin qu*on amène.

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