‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 567 sur 1238 · LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE IV

TRIVELIK.

Oui, sur Silvia.

ARLEQUIN

Ahl Sîlvial hélas! je vous demande pardon; Toyez ce que c*estlje ne savais pas que j*avaisà TOUS parler.

TRIVBLIN.

Vous Tavez perdue depuis deux jours?

ARLEQUIN

Oui^ des Toleurs me l'ont dérobée.

TRIVELIN

Ce ne sont pas des voleurs.

ARLEQUIN

Enfin, si ce ne sont pas des voleurs, ce sont toujours des fripons.

TRIVELIN

Je sais où elle est.

Vous savez où elle est, mon ami, mon valet, mon mattre, mon tout ce qu'il vous plaira ? Que je suis fâché de n'être pas riche I Je vous donnerais tous mes revenus pour gages. Dites, Thonnète homme, de quel côté faut-il tourner? Est-ce à droite, à gauche, ou tout devant moi?

TRIVELIN

Vous la verrez ici.

ARLEQUIN

Mais quand j'y songe, il faut que vous soyez bien bon, bien obligeant pour m'amener ici comme vous faites? 0 Silvia, chère enfant de mon âme ! m'amie ! je pleure de joie I

TRIVELIN, âpart.

De la façon dont ce drôle-là prélude, il ne nous promet rien de bon. {A Arlequin,) Écoutez, j'ai bien autre chose à vous dire.

ARLEQUIN

Allons d'abord voir Silvia ; prenez pitié de mon impatience.

TRIVELIN

Je vous dis que vous la verrez; mais il faut que je vous entretienne auparavant. Vous souvenezvous d'un certain cavalier, qui a rendu cinq ou six visites à Silvia, et que vous avez vu avec elle ?

ARLEQUIN

Oui ; il avait la mine d'un hypocrite.

TRIVELIN

Cet homme-là a trouvé votre maîtresse fort aimable.

ARLEQUIN

Pardi 1 il n'a rien trouvé de nouveau.

TRIVELIN

Et il en a fait au prince un récit qui Ta enchanté.

ARLEQUIN

Le babillard l

TRIVEUN.

Le prince a voulu la voir, et a donné ordre qu'on l'amenât ici.

ARLEQUIN

Mais il me la rendra, comme cela est juste ?

TRIVELIN

Hum! il y a une petite difficulté; il en est devenu amoureux, et souhaiterait d'en être aimé à son tour.

ARLEQUIN

Son tour ne peut pas venir; c'est moi qu'elle aime.

TRIVELIN

Vous n'allez point au fait; écoutez jusqu'au bout.

ARLEQUIN

Mais le voilà, le bout ; est-ce que l'on veut me chicaner mon bon droit?

Vous savez que le prince doit se choisir une femme dans ses états.

ARLEQmN.

Je ne sais point cela; cela m'est inutile.

TRIVELIN

Je vous l'apprends.

ARLEQUIN

Je ne me soucie pas de nouvelles.

TRIVEUN.

Silvia plaît donc au prince, et il voudrait lui plaire avant que de l'épouser. L'amour qu'elle a pour vous fait obstacle à celui qu'il tâche de lui donner pour lui.

ARLEQUIN

Qu'il fasse donc l'amour ailleurs : car il n'aurait que la femme ; moi, j'aurais le cœur; il nous manquerait quelque chose à l'un et à l'autre, et nous serions tous trois mal à notre aise.

TRIVEUN.

Vous avez raison ; mais ne voyez-vous pas que si vous épousiez Silvia, le prince resterait malheureux.

ARLEQUIN

A la vérité il serait d'abord un peu triste; mais il aura fait le devoir d'un brave homme, et cela console ; au lieu que, s'il l'épouse, il fera pleurer cette pauvre enfant; je pleurerai aussi, moi; il n*y aura que lui qui rira, et il n'y a point de plaisir à rire tout seul.

TRIVEUN.

Seigneur Arlequin, croyez-moi; faîtes quelque chose pour votre maître. Il ne peut se résoudre à quitter Silvia. Je vous dirai même qu'on lui a prédit l'aventure qui la lui a fait connaître, et qu'elle doit être sa femme; il faut que cela arrive; cela est écrit là-haut.

ARLEQUIN

Là-haut on n'écrit pas de telles impertinences; pour marque de cela, si on avait prédit que je dois \ous assommer, vous tuer par derrière, trouvcriez-vous bon que j'accomplisse la prédiction?

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