LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE X
FLAMINIA
Et moi, je vous dis, seigoeur, que j*ai vu Arlequin; qu'il me platt, à moi; que je me suis mis dans la tète de vous rendre content; que je vous a\ promis que vous le seriez ; que je vous tiendrai parole, et que de tout ce que je vous dis-là je ne rabattrais pas la valeur d'un mot. Oh 1 vous ne me connaissez pas. Quoil seigneur, Arlequin et Silvia me résisteraient ! Je ne gouvernerais pas deux cœurs de cette espèce-là 1 moi qui Tai entrepris, moi qui suis opiniâtre, moi qui suis femme! c'est tout dire. Et moi, j'irais me cacher! Mon sexe me renoncerait. Seigneur, vous pouvez en toute sûreté ordonner les apprêts de votre mariage, vous arranger pour cela; je vous garantis aimé, je vous garantis marié ; Silvia va vous donner son cœur, ensuite sa main; je l'entends d'ici vous dire : Je vous aime ; je vois vos noces, elles se font; Arlequin m'épouse, vous nous honorez de vos bienfaits; et voilà qui est fini.
LISETTE
Tout est fini? rien n'est commencé.
FLAHINIA.
Tais- toi, esprit court.
LE PRINCE
Vous m'encouragez à espérer; mais je vous avoue que je ne vois d'apparence à rien.
FLAMINIA
Je les ferai bien venir, ces apparences; j'ai de bons moyens pour cela. Je vais commencer par aller chercher Silvia; il est temps qu'elle voie
Quand ils se seront vus, j'ai bien peur que tes moyens n'aillent mal.
LE PRINCE
Je pense de même.
FLAMINIA
Eh I nous ne difiTérons que du oui et du non ; ce n'est qu'une bagatelle. Pour moi, j'ai résolu qu'ils se voient librement. Sur la liste des mauvais toutes que je veux jouer à leur amour, c'est ce tour-là que j'ai mis à la tète.
LE PRINCE
Faites donc à votre fantaisie.
FLAMINIA
Retirons-nous; voici Arlequin qui vient.