LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE II, SCENE XL
lamenteriez jusqu'à demain, mon visage n'empirera pas; beau on laid, i] restera comme il est. Qu'est-ce que vous me voulez? Est-ce que vous ne m'avezpas assez querellée? Eh bien 1 achevez, prenez-en voire suffisance.
USETTB.
Épargnez -moi, mademoiselle; l'emportement que j'ai eu contre vous a mis toute ma famille daos l'embarras; le prince m'oblige à venir vous faire une réparation, et je vous prie de la rece- .Toirsans me railler.
SILVIA
Voilà qui est fini, je ne me moquerai plus de tous; je sais bien que Thumilité n'accommode pas les glorieux, mais la rancune donne de la malice. Gependantje plains votre peine, et je vous pardonne. De quoi aussi vous avisiez-vous de me mépriser ?
LISETTE
J'avais cru m*apercevoir que le prince avait quelque inclination pour moi, et je ne croyais pas en être indigne; mais je vois bien que ce n'est pas toujours aux agréments qu'on se rend.
sa vu.
Vous verrez que c*est à la laideur et à la mauvaise façon, à cause qu'on se rend à moi. Comme ces jalouses ont l'esprit tourné!
LISETTE
Eh bienl oui, je suis jalouse, il est vrai ; mais puisque vous n'aimez pas le prince, aidez-moi à le remellre dans les dispositions oà j'ai cru qu'il était pour moi. Il est sûr que je ne lui déplaisais pas, et je le guérirai de l'inclination qu'il a pour vous, si vous me laissez faire.
SILVU.
Croyez-moi, vous ne le guérirez de rien; mon avis est que cela vous passe.
USETTB.
Cependant cela me parait possible; car enfin je ne suis ni si maladroite ni si désagréable.
SILVIA
Tenez, tenez, parlonsd'autre choses; vos bonnes qualités m'ennuient.
USETTS.
Vous me répondez d'une étrange manière I Quoi qu'il en soit, avant quelques jours, nous verrons si j'ai si peu de pouvoir.
SILYU.
Oui, nous verrons des baliveroes. Pardi ! je parlerai au prince ; il n'a pas encore osé me parler, ici, à cause que je suis trop fâchée; mais je lui ferai dire qu'il s'enhardisse, seulement pour voir.
LISETTE
Adieu, mademoiselle ; chacune de nous fera ce qu^elle pourra. J'ai satisfait à ce qu'on exigeait de moi à votre égard, et je vous prie d'oublier tout ce qui s'est passé entre nous.
SILYIA.
Marchez, marchez; je ne sais pas seulement si vous êtes au monde.