LE PÈRE PRUDENT ET ÉQUITARLE, SCÈNE XXI
DÉMOCniTR, bas.
Il est, je Favoûraî, de ridicules hommes.
FROKTIN.
Je suis de vos amis, je vous dirai mon nom.
DÉMOCRITE
Il ne s'agit ici de nom ni de surnom.
FaONTIN.
Vous êtes aujourd'hui d'une humeur chagrinante : Mon amitié pourtant n'est pas indifTérente,
D£MOCBIT£.
Finissons, s'il vous platt.
FRONTIN
Je le veux. Dites-moi Comment va votre enfant? Elle est belle, ma foi ; Je veux dès aujourd'hui lui donner sérénade.
DÉMOCRITE
Qu'elle se porte bien, ou qu'elle soit malade, Que vous importe à vous ?
Je la connais fort bien ; Elle est riche, papa : mais vous n'en dites rien; U ne tiendra qu'à vous de terminer l'alTaire.
DÉMOCRITE
Je n'entends rien, monsieur, atout ce beau mystère.
FRONTIN
Vous le dites.
DÉMOCRITE
J'en jure.
FRONTIN
Oh! point de jurement.
Je ne vous en crois pas, même à votre serment. Démocrite, entre nous, point tant de modestie. Venons au fait.
DÉMOCRITE
Monsieur, avez-vous fait partie De vous moquer de moi?
FRONTIN
Morbleu I point de détours.
Faites venir ici l'objet de mes amours. La friponne, je crois qu'elle en sera bien aise ; Et vous l'êtes aussi, papa, ne vous déplaise. J'en suis ravi de même, et nous serons tous trois En même temps, ici, plus contents que des rois. Savez-vous qui je suis ?
DÉMOCRITE
u ne m'importe guère.
Âh 1 si vous le saviez, vous diriez le contraire.
DÉMOCRITE
Moi 1
FRONTIN
Je gage que si. Je suis, pour abréger
DÉMOCRITE
Je n'y prends nulle part, cl ne veux point gager.
FRONTIN
C'est qu'il a peur de perdre.
DÉMOCRITE
Eh bien ! soit : je me lasse Oecc galimatias; expliquez-vous de grâce.
FRONTIN
Je suis le financier qui devait sur le soir.
Pour ce que vous savez, vous parler et vous voir.
DÉMOCRITE, étonné.
Quelle est donc cette énigme ?
FRONTIN
Un peu de patience ; J'adoucirai bientôt votre aigre révérence. J'ai mille francs et plus de revenu par jour : Dites, avec cela peut-on faire l'amour?
Grand nombre de chevaux, de laquais, d'équipages. Quand je me marîrai, ma femme aura des pages. Voyez-vous cet habit? il est bien somptueux; Un autre avec cela ferait le glorieux : Fi ! c'est un guenillon que je porte en campagne; Vous croiriez ma maison un pays de cocagne. Voulez-vous voir mon train ? il est fort près d'ici.
DÉMOCRITE
Je m'y perds.
FRONTIN
Ma livrée est magnifique aussi.
Papa, savez-vous bien qu'un excès de tendresse Va rendre votre enfant de tant de biens maîtresse? Vous avez, m'a-t-ondit,en rente vingt mil francs. Partagez-nous-en dix, et nous serons contents. Après cela, mourez pour nous laisser le reste. Dites, en vérité, puis-je être plus modeste?
DÉMOCRITE
Non, je n'y connais rien; monsieur le financier.
Ou qui que vous soyez, il faudrait vous lier;
Je ne puis démêler si c'est la fourberie.
Ou si ce n'est enfin que pure frénésie
Qui vous conduit ici : mais n'y revenez plus.
FRONTIN
Adieu, je mangerai tout seul mes revenus. Vinssiez-vous à présent prier pour votre fille, 1 J'abandonne à jamais votre ingrate famille.
(Fronîin tort en riant,)