‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 650 sur 1238 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

FRÉDÉRIC, ARLEQUIN, arrivant toui esêoufflé. FRÉDÉRIC, A part.

Monsieur l'ambassadeur me paraît bien scrupuleaxl Mais voici Arlequin qui accourt à moi.

arlequin.

Par la mardi ! monsieur le conseiller, il y a longtemps que je galope après vous. Vous êtes plus difGcile à trouver qu'une botte de foin dans une aiguille.

Je ne me suis pourtant pas écarté; as-tu quelque chose à me dire?

arlequin.

Attendez, je croîs que j'ai laissé ma respiration parles chemins; oufl...

FRÉDÉRIC

Reprends haleine.

ARLEQUIN

Ohl dame, cela ne se prend pas avec la main.

Ohi I obi ! Je vous ai été chercher au palais, dans les salles, dans les cuisines; je trottais par ci, je trottais par là, je trottais partout; et y allons vite, et boute et gare... N'avez-vous pas vu le seigneur Frédéric?... —Eh! non, mon ami I... —Où diable est-il donc? Que la peste l'étoufTe I Et puis je cours encore, patati, patata; je jure; je rencontre un porteur d'eau, je renverse son eau : N'avez-vous pas vu le seigneur Frédéric?... — Attends, attends, je vais te donner du seigneur Frédéric par les oreilles... Moi, je m'enfuis. Par la sambleu! morbleu ! ne serait-il pas au cabaret? J'y entre, je trouve du vin, je bois chopine; je m'apaise, et puis je reviens; et puis vous voilà.

FRÉDÉRIC

Achève; sais-tu quelque chose? Tu me donnes bien de l'impatience.

ARLEQUIN

Cent mille écus ne seraient pas dignes de me payer ma peine; pourtant j'en rabattrai beaucoup.

Je n'ai point d'argent sur moi; mais je t'en promets au sortir d'ici.

ARLEQUIN

Pourquoi est-ce que vous laissez votre bourse à la maison? Si j'avais su cela, je ne vous aurais pas trouvé; car, pendant que j'y suis, il faut que je vous tienne.

FRÉDÉRIC

Tu n'y perdras rien. Parle, que sais-tu?

ARLEQUIN

De bonnes choses; c'est du nanan.

FRÉDÉRIC

Voyons.

ARLEQUIN

Cet argent promis m'envoie des scrupules. Si vous pouviez me donner des gages; ce petit diamant qui est à votre petit doigt, par exemple? quand cela promet de l'argent, cela tient parole.

FRÉDÉRIC

Prends; le voilà pour garant de la mienne; ne me fais plus languir.

ARLEQUIN

Vous êtes honnête homme, et votre bague aussi. Or donc, tantôt, monsieur Lélio, qui vous méprise que c'est une bénédiction, il parlait à lui tout seul...

FRÉDÉRIC

Boni

Oui, bon !... Voilà la princesse qui vient. Dirai-je tout devant elle?

FRÉDÉRIC

Tu m'en fais venir l'idée. Oui; mais ne dis rien de tes engagements avec mol. Je vais parler le premier; conforme-toi à ce* que tu m'entendras dire.

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