LA COMTESSE, LE CHEVALIER
LA COMTESSE
Quoi! chevalier, vous prenez de pareils prétextes pour nous quitter? Si vous nous disiez les
LA FAUSSE SUIVANTE, ACTE I, SCÈNE XI
véritables raisons qui pressent votre retour à Paris, oa ne tous retiendrait peut-être pas.
LB CHBVALIER.
Mes véritables raisons, comtesse? Ha foi, Lélio vous les a dites.
Comment I que vous vous défiez de votre cœur auprès de moi?
LE CHEVALIER
Moi,m*en défierl je m*y prendrais un peu tard; est-ce que vous m*en avez donné le temps? Non, madame, le mal est fait; il ne s'agit plus que d'en arrêter le progrès.
LÀ COMTESSE
En vérité, chevalier, vous êtes bien à plaindre, et je ne savais pas que je fusse si dangereuse.
LE CHEYALIBEI.
Oh! que si ; je ne vous dis rien là dont tous les jours votre miroir ne vous accuse d'être capable ; il doit vous avoir dit que vous aviez des yeux qui violeraient l'hospitalité avec moi, si vous m'ameniez ici.
LA COMTESSE
Mon miroir ne me flatte pas, chevalier.
LE CHEVALIER
Parbleu! je l'en défie; il ne vous prêtera jamais rien. La nature y a mis bon ordre, et c'est elle qui vous a flattée.
LA COMTESSE
Je ne vois point que ce soit avec tant d'excès.
LE CHEVALIER
Comtesse, vous m'obligeriez beaucoup de me donner votre façon devoir; car, avec la mienne, il n'y a pas moyen de vous rendre justice.
LA COMTESSE, riant»
Vous êtes bien galant.
LE CHEVALIER
Âhl je suis mieux que cela; ce ne serait là qu'une bagatelle.
LA COMTESSE
Cependant ne vous gênez point, chevalier. Quelque inclination, sans doute, vous rappelle à Paris, et vous vous ennuieriez avec nous.
LE CHBVALIBH.
Non, je n'ai point d'inclination à Paris, si vous n'y venez pas. (Jl lui prend ta main,) A regard de Tennui, si vous saviez Tart de m'en donner auprès de vous, ne me l'épargnez pas, comtesse ; c'est un vrai présent que vous me ferez ; ce sera même une bonté; mais cela vous passe, et vous ne donnez que de l'amour ; voilà tout ce que vous savez faire.
LA COMTESSE
Je le fais assez mal.