‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 745 sur 1238 · SCÈNE YIII · texte numérisé non relu

SCÈNE YIII

BLÂISE, ARLEQUIN, œUN, COLETTE.

BLÀISB.

Oh I tout à fait parmis.

LK FISCAL

EfTectivementle privilège est noble, et d'ailleurs il Yous convient mieux qu*à un autre; car j'ai toujours remarqué que vous êtes naturellement généreux.

BLAISB, riant et et rengorgeant.

Eh! eh I oui, pas mal, vous tournez bian ça. Faut nous cajoler, nous autres gros roonsieurs. J'avons en effet de grands mérites, et des mérites bian commodes; car ça ne coûte rien; en nous les baille, et pis je les avons sans les montrer; v'ià toute la çarimonie.

LB FISCAL

Je prévois que vous aurez beaucoup de ces vertus-là, monsieur Biaise.

BLAISB lui donne un petit coup iur Pépaule,

Ça est vrai, monsieur le fiscal, ça est vrai. Mais, morgue ! vous me plaisez.

LB FISCAL

Bien de Thonneur à moi.

Je ne dis pas que non.

LE FISCAL

Je ne vous parlerai plus de ce que vous me devez.

BLAISB.

Si fait dà, je voulons que vous nous en parliez ; faut-il pas que je vous amusions?

LE FISCAL

Comme vous voudrez ; je satisferai là-dessus à la dignité de votre nouvelle condition; et vous me me paierez quand il vous plaira.

BLAISB.

Chiquet à chiquet, dans quelques dizaines d'années.

LB FISCAL

Bon, bon ! dans cent ans ; laissons cela. Mais vous avez Tàme belle, et j'ai une grâce à vous demander, qui est de vouloir bien me prêter cinquante francs.

BLAISB.

Tenez, fiscal, je sis ravi de vous sarvir; prenez.

LE FISCAL

Je suis honnête homme; voici votre billet que je déchire, me voilà payé.

BLAISB.

Vous v'ià payé, fiscal? jarniguél ça est bian malhonnête à vous. Morgue 1 ce n'est pas comme ça qu'on triche l'honneur des gens de ma sorte ; c'est un afl'ront.

LE FISCAL

Ah ! ah I ah ! l'original homme, avec ses mérites qui ne lui coûteront rien !

BLAISB.

Par la sanguiennel il m'a vilainement attrapé là ; mais je li revaudrai.

ABLBQUm.

Monsieur, que vous plaft-il de moi?

BLAISB.

Il me plaît que vous baillez une petite leçon de bonnes magnières à nos enfants : dressez-les dq petit brin selon leur qualité, à celle fin qu'ils puissent tantôt batifoler à la grandeur, suivant les balivarnes du biau monde ; vous ferez bien ça?

ABLEQUIN.

Eh qu'oui I j'ai sifQé plus de vingt linottes ea ma vie ; et vos enfants auront bien autant de mémoire.

COLIN

Papa, je n'irons donc pas trouver la compagnie?

ARLEQUIN

Dites monsieur et non papa.

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