‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 751 sur 1238 · L'HÉRITIER DE VILLAGE, SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

L'HÉRITIER DE VILLAGE, SCÈNE XIV

COLETTE, à part»

Hélas! il sera bientôt mon fripon itou.

LE CHEVALIER

Que répondez-TOUS à ce que je dis?

COLETTE

Dame! ce qui est fait est fait. Votre cœur est YCDu à moi, je ne lî dirai pas de s'en aller; et on ne rend pas cela de la main à la main.

LE CHEVALIER

Me le rendre I quand vous avez tiré dessus, quand vous Tavez incendié; quMI se portait bien, et que vous l'avez fait malade I Non, ma toute belle, je ne veux point d'un incurable.

COLETTE

Queu pitié que tout ça! comment ferai-je donc?

LE CHEVALIER

Ne vous effrayez point; sans crier au meurtre, je trouve un expédient. Vous m'avez maltraité le cœur, faites les frais de sa guérison. J'attendrai, je sois accommodant ; le vôtre me servira de nantissement, je m'en contente.

COLETTE

Ouî-dà ! vous êtes bian fin I si vous l'aviez une fois, vous me le garderiez peut-être.

le vous le garderais! vous sentez donc cela, mignonne? Une légion de cœurs, si je tous les donnais, ne paierait pas cette expression affectaeuse. Mais achevez; vous êtes naïve, développezvous sans façon, dites le vrai ; vous m'aimez ?

COLETTE

Oh ! ça se peut bian ; mais il n'est pas encore temps de le dire.

LE CHBVAUSR.

Je me mettrais à genoux devant ces paroles, je les savoure, elles fondent comme le miel ; mais donc! quand sera-t-il temps de tout dire?

COLETTE

Allez, allez toujours ; je vous garde ça, quand je vous varrai dans le transport.

LE CHEVAUER.

Faites donc vite; car il me prend.

COLETTE

Oh ! je ne le veux pas lors; retournons où nous étions. Vou^me demandez mon cœur ; mais il est tout neuf, et le vôtre a peut-êlre sarvi.

LE CHEVALIER

Le mien, pouponne ! Savez-vous ce qu'on en dit dans le monde, le nom qu'on lui donne? on l'appelle Yindompiable.

COLETTE

Il a donc perdu son nom maintenant?

Il ne lui en reste pas une syllabe, vos beaux yeux l'ont dépouillé de tout ; je le renonce, et je plaide à présent pour en avoir un autre.

COLETTE

Et moi, qui ne sais pas plaider, vous varrez que je pardrai cette cause-là.

LE CHEVALIER ta regarde.

Gageons, ma poule, que raffaire est faite.

COLETTE, à part.

Je crois que voici l'endroit de le regarder tendrement. {Elle le regarde,)

LE CHEVALIER

Je VOUS entends, mon Ame; ce regard-là décide; je triomphe, je suis vainqueur. Mais faites doucement; la victoire m'étourdit, je m'égare, la tête me tourne; ménagez-moi, je vous prie.

COLETTE, à part.

V'ià qui est fait, il est fou; ça doit me gagner; faut que je parle.

LE CHEVAUER.

Le papa vous donne à moi. Signez, paraphez la donation; dites que je vous plais.

COLETTE

Oh! pour ça, oui, vous me plaisez; n'y a que faire de pataraphe à ça.

LE CHEVAUER.

Vous me ravissez sans me surprendre. Mais voici madame Damis et le beau-frère. Nos affaires sont faites; ils viennent convenir des leurs. {A part.) Retirons-nous. {Colette tort.)

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