PLUTUS, APOLLON
APOLLON
Que voîs-je? je crois que c*est Plutus déguisé en financier. Venez donc que je vous embrasse.
PLUTUS
Bonjour, bonjour, seigneur Apollon.
APOLLON
Peut-on vous demander ce que vous venez faire ici?
PLUTUS
J*y viens faire l'amour à une fille.
APOLLON
Cesl-à-dîre, pour parler d'une façon plus convenable, que vous y avez une inclination.
PLUTUS
Une fille ou une inclination, n'est-ce pas la même chose?
APOLLON
Apparemment que la petite contestation que
nous avons eue l'autre jour vous a piqué. Vous n'en voulez pas avoir le démenti ; c'est fort biea faiL Eh 1 dites-moi, votre maîtresse est-elle aimable?
PLUTUS
C'est un morceau à croquer ; je Tai vue l'autre jour en traversant les airs, et je veux lui en dire deux mots.
Écoutez, seigneur Plutus ; si elle a l'esprit délicat, je ne vous conseille pas de vous servir avec elle d'expressions si massives : Un morceau à croquer ; lui en dire deux mots; ce style de douairière la rebuterait.
PLUTUS
Bon I bon I vous voilà toujours avec votre esprit pindarisc. Je parle net et clair, et outre cela mes ducats ont un style qui vaut bien celui de r.\cadémie. Entendez-vous?
APOLLON
Ah! je ne songeais pas à vos ducats; ce sont effectivement de grands orateurs.
PLUTUS
Et qui épargnent bien des fleurs de rhétorique.
APOLLON
Je connais pourtant des femmes qu'ils ne persuaderaient pas, et je viens, comme vous, voir ici une jolie personne auprès de qui je soupçoauc que je ne serais rien, si je n'avais que cette ressource. Votre maîtresse sera peut-être de même.
PLUTUS
Qu'elle soit comme elle voudra, je ne m'en embarrasse point. Avec de l'argent j'ai tout ce qu'il me faut; mais qu'est-ce que votre maîtresse à vous? Est-elle veuve, fille, etc.?
APOLLON
C'est une fille.