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LE TRIOMPHE DE PLUTUS, SCÈNE IV

preuve, je ne suis pas en peine d'en donner deux, et même trois.

SPINBTTE.

Vous êtes bien le maître de prouver tant qu'il vous plaira, et s'il ne s'agit que de douter du fait, je douterai de reste.

PLUTUS

Voilà pour le doute qui te prend.

(1/ lui donne une baguej)

SPINBTTE.

Monsieur, munissez-vous encore pour le doute qui me prendra.

PLUTUS

Tu n'as qu'à parler ; ïnais c'est à condition que eu seras de mes amies. .

SPlifBTTE, a part.

Quel homme est-ce donc que cela? (Bout.) Monsieur, vous demandez à être de mes amis; comment l'entendez-vous? Est-ce amourette que vous voulez dire ? La proposition ne serait point de mon goût, et je suis fille d'honneur.

Oh I garde ton honneur ; ce n'est pas là ma fantaisie.

SPINETTB.

Ah!... votre fantaisie serait d'un assez bon goût. Mais qu'exigez-vous donc ?

PLUTUS

C'est que j'aime ta maîtresse; je suis un riche, un richissime négociant, à qui l'or et l'argent ne coûtent rien, et je voudrais bien n'aimer pas tout seul.

SPINETTB.

Effectivement, ce serait dommage, et vous méritez bien compagnie; mais la chose est un peu difficile, voyez-vous i Ma maîtresse a aussi un honneur à garder.

PLUTUS

Mais cela n'empêche pas qu'on ne s'aime.

SPINETTB.

Gela est vrai, quand c'est dans de bonnes vues; mais les vôtres n'ont pas l'air d'être bien régulières. Si vous demandiez à vous en faire aimer pour l'épouser, riche comme vous êtes, et de la meilleure pâte d'homme qu'il y ait, à ce qu'il me " parait, je ne doute pas que vous ne vinssiez à bout de votre projet, avec mes soins ; à condition que les preuves iront leur chemin, quand j'en aurai besoin.

PLUTUS

Tant que tu voudras.

SPINBTTE, à part.

Oh ! quel homme ! (Haui.) Oh çà, est-ce que vous voudriez épouser ma maltresse?

PLUTUS

Oui-dà; je ferai tout ce qu*on voudra, moi. .

SPINBTTE.

Fort bien, je vous sers de bon cœur à ce prix-là;

mais monsieur Ergaste, votre ami, avec qui vous êtes venu, est amoureux d'Âminte, et je crois même qu'il ne lui déplaît pas. Il parle de mariage aussi ; il est d'une figure assez aimable ; beaucoup d'esprit; il faudra lutter contre tout cela.

PLUTUS

Et moi je suis riche ; cela vau^t mieux que tout ce qu'il possède; je t'avertis qu'il n'a pour tout vaillant que sa figure.

SPINBTTE.

Je le crois comme vous ; car il ne m'a jamais rien prouvé que le talent qu'il a de promettre. Ârmidas a pourtant de l'amitié pour lui ; mais Armidas est intéressé, et vos richesses pourront l'éblouir. Ergaste, au reste, se dit un gentilhomme à son aise ; et sous ce titre, il fait son chemin tant qu'il peut dans le cœur de ma maîtresse, qui est un peu précieuse, et qui l'écoute à cause de son esprit.

PLUTUS

Aime-t-elle la dépense, ta maltresse?

SPINETTB.

Beaucoup.

Nous la tenons, Spinelte ; ne t'embarrasse pas. Vante-moi seulement auprès d'elle, je lui donnerai tout ce qu'elle voudra; elle n'aura qu'à souhaiter. D'ailleurs je ne me trouve pas si mal fait, moi; on peut passer avec mon air; et pour mon visage, il y en a de pires. J'ai l'humeur franche et sans façon. Dis-lui tout cela; dis-lui encore que mon or et mon argent sont toujours beaux; cela ne prend point de rides ; un louis d'or de quatrevingts ans est tout aussi beau qu'un louis d'or d'un jour, et cela est considérable d'être toujours jeune du c6té du coffre-fort.

SPINETTB.

Malepestel la belle riante jeunesse! allez, allez, je ferai vojtrecour. Tenez; moi d'abord, en vous voyant, je vous trouvais la physionomie assez commune, et l'esprit à l'avenant; mais depuis que je vous connais, vous êtes tout un autre homme ; vous me paraissez presque aimable, et dès demain je vous trouverai charmant; du moins il ne tiendra qu'à vous.

PLUTUS

Oh ! j'aurai des charmes, je t'en assure ; je ferai ta fortune, mais une fortune qui sera bien nourrie ; tu verras, tu verras.

SPINETTB.

Mais, si cela continue, vous allez devenir un Narcisse.

PLUTU3.

Quelqu'un vient à nous; qui est-ce?

SPINETTB.

Ahl c'est Arlequin, valet de monsieur Ergaste.

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