‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 790 sur 1238 · SILVIA, M. ORGON, MARÎO, UN VALET · texte numérisé non relu

SILVIA, M. ORGON, MARÎO, UN VALET

SILVIA

Me voilà, monsieur; ai-je mauvaise grâce en femme de chambre? Et vous, mon frère, vous savez de quoi il s'agit apparemment : comment me trouvez-vous?

MARIO

Ma foi, ma sœur, c'est autant de pris que le valet; mais tu pourrais bien aussi escamoter Dorante à ta maîtresse.

SILVIA

Franchement, je ne haïrais pas de lui plaire sous le personnage que je joue; je ne serais pas fâchée de subjuguer sa raison, de l'étourdir un peu sur la distance qu'il y aura de lui à moi. Si mes charmes font ce coup-là, ils me feront plaisir, je les estimerai. D'ailleurs cela m'aiderait à démêler Dorante. A l'égard de son valet, je ne crains pas ses soupirs ; ils n'oseront m'aborder : il y aura quelque chose dans ma physionomie qui inspirera plus de respect que d'amour à ce faquin-là.

MARIO

Allons, doucement, ma sœur ; ce faquin-là sera votre égal.

M. ORGON

Et ne manquera pas de t'aimer.

SILVIA

Eh bien! l'honneur de lui plaire ne me sera pas inutile; les valets sont naturellement indiscrets; l'amour est babillard, et j'en ferai l'historien de son mattre.

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