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LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, ACTE II, SCÈNE YIII

moi comme votre maîtresse : vous voyez bien que cet homme-]à ne me convient point.

Vous n'avez pas eu le temps de Texamincr beaucoup.

SILVIA

Ëlcs-vous folle avec votre examen? Est-il nécessaire de le voir deux fois pour juger du peu de convenance? En un mot, je n*en veux point. Apparemment que mon père n'approuve pas la répugnance qu*il me voit, car il me fuit, et ne me dit mot. Dans cette conjoncture, c'est à vous à me tirer tout doucement d*afraire, en témoignant adroitement à ce jeune homme que vous n'êtes pas dans le goût de l'épouser.

LISETTE

Je ne saurais, madame.

SILVIA

Vous ne sauriez? Et qu'est-ce qui vous en empoche ?

LISETTE

Monsieur Orgon me l'a défendu.

SILVIA

Il vous Ta défendu? Mais je ne reconnais point mon père à ce procédé-là.

LISETTE

Positivement défendu.

SILVIA

Eh bien! je vous charge de lui dire mes dégoûts, et de l'assurer qu'ils sont invincibles. Je ne saurais me persuader qu'après cela il veuille pousser les choses plus loin.

Mais, madame, le futur qu'a-t-il donc de si désagréable, de si rebutant?

SILVIA

11 me déplaît, vous dis-je, et votre peu de zèle aussi.

LISETTE

Donnez-vous le temps de voir ce qu'il est; voilà tout ce qu'on vous demande.

SILVIA

Je le hais assez, sans prendre du temps pour le haïr davantage.

LISETTE

Son valet, qui fait l'important, ne vous aurait-il point gâté l'esprit sur son compte ?

SILVIA

Hum! la sotte! Son valet a bien affaire ici I

LISETTE

C'est que je me déOe de lui, car il est raisonneur.

SILVIA

Finissez vos portraits, on n'en a que faire; j'ai soin que ce valet me parle peu, et, dans le peu qu'il m'a dit, il ne m'a jamais rien dit que de trèssage.

LISETTE

Je crois qu'il est homme à vous avoir conté des

histoires maladroites, pour faire briller son bel esprit.

SILVIA

Mon déguisement ne m'expose-t-il pas à m'entendre dire de jolies choses? A qui en avez- vous? D'où vient la manie d'imputer à ce garçon une répugnance à laquelle il n'a point de part? car enûn vous m'obligez à le justifier; il n'est pasquestion de le brouiller avec son maître, ni d'en faire un fourbe, pour me Ikire, moi, une imbécile qui écoute ses histoires.

LISETTE

Oh! madame, dès que vous le défendez sur ce ton-là, et que cela va jusqu'à vous lâcher^ je n'ai plus rien à dire.

SILVIA

Dès que je le défends sur ce ton-là? Qu'est-ce que c'est que le ton dont vous dites cela vousmême? qu*entendez-vous par ce discours? que se passe-t-il dans votre esprit?

LISETTE

Je dis, madame, que je ne vous ai jamais vue comme vous êtes, et que je ne conçois rien à votre aigreur. Eh bien! si ce valet n'a rien dit, à la bonne heure; il ne faut pas vous emporter pour le justifier; je vous crois, voilà qui est fini; je ne m'oppose pas à la bonne opinion que vous en avez, moi.

SILVIA

Voyez-vous le mauvais esprit! comme elle tourne les choses! Je me sens dans une indignation... qui... va jusqu'aux larmes.

En quoi donc, madame? quelle finesse entendez-vous à ce que je dis?

SILVIA

Moi, j'y entends finesse! moi, je vous querelle pour lui ! j'ai bonne opinion de lui ! Vous me manquez de respect jusque-là? Bonne opinion, juste ciel! bonne opinion! Que faut-il que je réponde à cela? Qu'est-ce que cela veut dire? à qui parlezvous? qui est-ce qui est à l'abri de ce qui m'arrive? oti en sommes-nous?

LISETTE

Je n'en sais rien ; mais je ne reviendrai de longtemps de la surprise où vous me jetez.

SILVIA

Elle a des façons de parler qui m^mettent hors de moi. Retirez-vous, vous m'êtes insupportable; laissez-moi, je prendrai d'autres mesures.

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