LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, ACTE III, SCÈNE II
PASQUIN
Ayez compassion de ma bonne aventure; ne portez point guignon à mon bonheur, qui va son Iraîn si rondement : ne lui fermez point le passage.
DORANTE
Allons donc, misérable; je crois que tu te moques de moi? Tu mériterais cent coups de bâton.
PASQUIN
Je ne les refuse point, si je les mérite; mais quand je les aurai reçus, permettez-moi d'en mériter d'autres. Voulez-vous que j'aille chercher le bâton?
DORAmrs.
Maraud !
PASQUIN
Maraud, soit; mais cela n'est point contraire à faire fortune.
DORAKTB.
Ce coquin! quelle imagination il lui prend !
PASQUIN
Coquin est encore bon ; il me convient aussi. Un maraud n'est point déshonoré d'être appelé coquin; mais un coquin peut faire un bon mariage.
DORANTS.
Comment, insolent ! tu veux que je laisse un honnête homme dans l'erreur, et que je souffre que tu épouses sa 011e sous mon nom? Écoute, si tu me parles encore de cette impertinence-là, dès que j'aurai averti monsieur Orgon de ce que tu es^ je te chasse, entends-tu ?
PASQUIN
AccommodôDS-nous : cette demoiselle m'adore, elle m'idolâtre; si je lui dis mon état de valet, et que nonobstant son tendre cœur soit toujours friand de la noce avec moi, ne laisserez-vous pas jouer les violons?
DORANTE
Dès qu'on te connaîtra, je ne m'en embarrasse pius.
PASQUIN
Bon ! et je vais de ce pas prévenir cette généreuse personne sur mon habit de caractère; j'espère que ce ne sera pas un galon de couleur qui nous brouillera ensemble, et que son amour me fera passer à la table en dépit du sort qui ne m'a mis qu'au buffet.