SCÈNE XII
PHOaON, HERMOCRATE, DIMAS.
DlllAS, rapidement à Phocion, n a, morgue! bian fait de s'en aller; car velà le jaloux qui arrive. {Dimas eort,)
PHOGION.
Vous paraissez donc enfin , Hermocrate ! Pour détruire le penchant qui m'occupe, n'avez- vous imaginé que l'ennui où vous me laissez? Il ne vous réussira pas ; je n'en suis que plus triste, et n'en suis pas moins tendre.
HBBMOCRATB.
Différentes affaires m'ont retenu, Aspasie; mais il ne s'agit plus de penchant; la continuation de votre séjour ici est désormais impossible, il vous ferait tort; Dimas sait qui vous êtes. Vous dirai-je plus? n sait le secret de votre cœur, il vous a entendue; ne nous fions ni l'un ni l'autre à la discrétion de ses pareils. H y va de votre gloire^ il faut vous retirer.
PHOGION.
Me retirer, seigneur! Eh! dans quel état me renvoyez-vous? Avec mille fois plus de trouble que je n'en avais. Qu'avez-vous fait pour me gué-
rir? A quel vertueux secours ai-je reconnu le sage Hermocrate?
HEBHOCIUTB.
Que votre trouble finisse à ce que je vais vous dire. Vous m'avez cru sage; vous m'avez aimé sur ce pied-là ; je ne le suis point. Un vrai sage croirait en effet sa vertu comptable de votre repos ; mais savez-vous pourquoi je vous renvoie? C'est que j'ai peur que votre secret n'éclate, et ne nuise à l'estime qu'on a pour moi ; c'est que je vous sacrifie à l'orgueilleuse crainte de ne pas paraître vertueux, sans me soucier de l'être; c'est que je ne suie qu'un homme vain, qu'un superbe à qui )a sagesse est moins chère que la méprisable et frauduleuse imitation qu'il en fait. Voilà ce que c'est que l'objet de votre amour.
PHOGION.
Eh! je ne l'ai jamais tant admiré.
HBRMOGRATB.
Comment donc!'
PHO<HON.
Ah! seigneur, n'avez- vous que ces armes-là contre moi? Vous augmentez mes faiblesses en exposant l'opprobre dont vous avez l'impitoyable ' courage de couvrir les vôtres. Vous dites que vous n'êtes point sage, et vous étonnez ma raison parla preuve sublime que vous me donnez du contraire.
HBRMOGRATB.
Attendez, madame. M'avez-vous cru en état de subir tous les ravages que l'amour fait dans le cœur des autres hommes? Eh bien ! l'âme la plus vile, les amants les plus vulgaires, la jeunesse la plus folle, n'éprouvent point d'agitations que je n'aie senties. Inquiétudes, jalousies, transports, m'ont agité tour à tour. Reconnaissez-vous Hermocrate à ce portrait? L'univers est plein de gens qui me ressemblent. Perdez donc un amour que tout homme pris au hasard mérite autant que moi, madame.
PHOGION.
Non, je le répète encore; si les dieux pouvaient être faibles, ils le seraient comme Hermocrate! Jamais il ne fut plus grand, jamais plus digne de mon amour, et jamais mon amour plus digne de lui ! Juste ciel! Vous parlez de ma gloire; en est-il qui vaille celle de vous avoir causé le moindre des mouvements que vous dites? Non, c'en est fait, seigneur, je ne vous demande plus le repos de mon cœur; vous me le rendez par Taveu que vous me faites; vous m'aimez, je suis tranquille et charmée. Vous me garantissez votre union.
HBRMOGRATB.
Il me reste un mot à vous dire, et je finis par là. Je révélerai ce secret; je déshonorerai l'homme que vous admirez; et son affront rejaillira sur vous-même, si vous ne partez.
PHOGION.
Eh bien! seigneur, je pars; mais je suis sûre de ma vengeance; puisque vous m'aimez, votre cœur