‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 882 sur 1238 · LÉONTINE, PHOCION · texte numérisé non relu

LÉONTINE, PHOCION

LÉONTINE

J'ai un mot à vous dire mon cher Phocion ; le sort en est jeté; nos embarras vont finir.

PHOCION

Oui, grâces au ciel.

LÉONTINE

Je ne dépends que de moi; nous allons être pour jamais unis. Je vous ai dit que c'est un spectacle que je ne voulais pas donner ici; mais les mesures que nous avons prises ne me paraissent pas décentes. Vous avez envoyé chercher un équipage, qui doit nous attendre à quelques pas de la maison, n'est-il pas vrai? Ne vaudrait-il pas mieux, au lieu de nous en aller ensemble, que je partisse la première, et que je me rendisse à la ville en vous attendant?

PHOCION

Oui, vous avez raison; partez, c'est fort bien dit.

LÉONTINE

Je vais dès cet instant faire les préparatifs nécessaires, et dans deux heures je ne serai pas ici. Mais, Phocion, hâtez-vous de me suivre.

PHOCION

Commencez par me quitter, pour vous hâter vous-même.

LÉONTINE

Que d'amour ne me devez- vous pas!

PHOCION

Je sais que le vôtre est impayable; mais ne vous amusez point.

LÉONTINE

II n'y avait que vous dans le monde capable de m'engagcr â la démarche que je fais.

PHOCION

La démarche est innocente, et vous n'y courez aucun hasard ; allez vous y préparer.

J'aime â voir votre empressement; puisse-t-il durer toujours I

PHOCION

Et puissiez-vous y répondre par le vôtre! car votre lenteur m'impatiente.

LÉONTINE

Je vous avoue que je ne sais quoi de triste s'empare quelquefois de moi.

PHOCION

Ces réflexions-là sont-elles de saison? Je ne me sens que de la joie, moi.

LÉONTINE

Ne vous impatientez plus, je pars; car voici mon frère, que je ne veux point voir dans ce moment-ci.

PHOCION

Encore ce frère l Ce ne sera donc jamais fait!

Page 1