‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 884 sur 1238 · LE TRIOMPHE DE LAMOUR, ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE LAMOUR, ACTE III, SCENE IV

HERMOCIIATE.

Vous confieraî-je tout? Je vous ai abandonné mon cœur, et je vais être à vous ; ainsi il n*y a plus rien à vous cacher.

Après?

HERMOCRATB.

J'élève Agis depuis Tàge de huit ans; je ne saurais le quitter de sitôt; souffrez qu'il vive avec nous quelque temps, et qu'il vienne nous retrouver.

PHOCION

Eh! qui est-il donc?

HERUOCRATE.

Nos intérêts vont devenir communs; apprenez un grand secret. Vous avez entendu parler de Cléomène ; Agis est son fils, échappé de la prison dès son en Tance.

PHOCION

Votre confidence est en de bonnes mains.

HRRMOCRATE.

Jugez avec combien de soin il faut que je le cache, et ce qu'il deviendrait entre les mains d'une princesse qui le fait chercher à son tour, et qui apparemment ne respire que sa mort.

PHOCION

Elle passe pourtant pour équitable et généreuse.

HERMOCRATE

Je ne m'y fierais pas ; elle est née d'un sang auquel ces deux qualités sont aussi étrangères l'une que l'autre.

On dit qu'elle épouserait Agis, si elle le connaissait; d'autant plus qu'ils sont du même âge.

HERMOCRATE

Quand il serait possible qu'elle le voulût, la juste haine qu'il a pour elle l'en empêcherait.

PHOCION

J'aurais cru que la gloire de pardonner à ses ennemis valait bien l'honneur de les haïr toujours, surtout quand ces ennemis sont innocents du mal qu'on nous a fait.

HERMOCRATE

S'il n'y avait pas un trône à gagner en pardonnant, vous auriez raison ; mais le prix du pardon gâte tout. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas de cela.

PHOCION

Agis aura lieu d'être content.

IICRMOCRATE.

Il ne sera pas longtemps avec nous. Nos amis fomentent une guerre chez l'ennemi, auquel il se joindra; les choses s'avancent, et peut-être bientôt les verra-t-on changer de face.

PHOCION

Se défera-t-on de la princesse?

HERMOCRATE

Elle n'est que Théritière des coupables; ce serait

là se venger d'un crime par un autre, et Agis n'en est point capable; il suffira de la vaincre.

Voilà, je pense, tout ce que vous avez à me dire; allez prendre vos mesures pour partir.

HERMOCRATE

Adieu, chère Aspasie ; je n'ai plus qu'une heure ou deux à demeurer ici.

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