SCÈNE VIII
LÉONllNE, HERMOCRATE, AGIS,
AGIS, à part.
La perfide ! qu'a-t-elle prétendu en me trompant?
LÉONTINE
Je viens vous avertir d'une petite absence que je vais faire à la ville, mon frère.
HERMOCRATE
Eh ! chez qui allez-vous donc, Léontîne?
LÉONTINE
Chez Phrosine, dont j'ai reçu des nouvelles, et qui me presse d'aller la voir.
Nous serons donc tous deux absents; car je pars aussi dans une heure; je le disais même à Agis.
LÉONTINE
Vous partez, mon frère! Eh! chez qui allezvous à votre tour?
HERMOCRATE
Rendre visite à Cri ton.
LÉONTINE
Quoi 1 à la ville comme moi? Il est assez particulier que nous y ayons tous deux affaire. Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit tantôt; votre voyage ne cache-t-il pas quelque mystère ?
HERMOCRATE
Voilà une question qui me ferait douter des motifs du vôtre; vous vous souvenez aussi des discours que vous m'avez tenus?
LÉONTINE
Hermocrate, parlons à cœur ouvert; tenez, nous nous pénétrons ; je ne vais point chez Phrosine.
HERMOCRATE
Dès que vous parlez sur ce ton-là, je n'aurai pasmoins de franchise que vous ; je ne vais point chez Cri ton.
LÉONTINE
C'est mon cœur qui me conduit où je vais.
HERMOCRATE
C'est le mien qui me met en voyage.
Ohl sur ce pied-là, je me marie.
HERMOCRATE
Eh bien ! je vous en offre autant.
moi, nous nous épargnerons les frais du départ; il est ici; et puisque vous savez tout, ce n'est pas la peine de nous aller marier plus loin.
HERMOCRATE
Vous avez raison, et je ne partirai point non plus; nos mariages se feront ensemble; car celle à qui je me donne est ici aussi.
LÉONTINE
Je ne sais pas où elle est; pour moi, c'est Phocion que j'épouse.
HERMOCRATE
Phocion!
LÉONTINE
Oui, Phocion.
HERMOCRATE
Qui donc? Celui qui est venu nous trouver ici, celui pour lequel vous me parliez tantôt?
LEONTINE.
Je n'en connais point d'autre.
HERMOCRATE
Mais attendez donc, je l'épouse aussi, moi; et nous ne pouvons pas l'épouser tous deux.
Vous l'épousez, dites-vous? Vous ne rêvez pas?
HERMOCRATE
Rien n'est plus vrai.
LÉONTINE
Qu'est-ce que cela signifie? Quoi! Phocion qui m'aime d'une tendresse infinie, qui a fait faire mon portrait à mon insu?
HERMOCRATE
Votre portrait! ce n'est pas le vôtre, c'est le mien qu'il a fait faire.
LÉONTINE
Mais ne vous trompez-vous pas? Voici le sien; le reconnaissez- vous?
HERMOCRATE
Tenez, ma sœur, en voilà le double; le vôtre est en homme, et le mien est en femme ; c'en est toute la différence.
LÉONTINE
Juste ciel! où en suis-je?
AGIS
Oh ! c*en est fait, je n'y saurais plus tenir. Elle ne m'a point donné de portrait, mais je dois l'épouser aussi.
HERMOCRATE
Quoi ! vous aussi, Agis? quelle étrange aventure I
Je suis outrée, je Tavoue.
HERMOCRATE
Il n'est pas question de se plaindre. Nos domestiques étaient gagnés; je crains quelques desseins cachés. Hàtons-nous, Léontine ; ne perdons
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