L'ÉCOLE DES MÈRES, SCÈNE VL
et qui saura tout le prix de la vertueuse innocence du vôtre.
ANGÉLIQUE
Pour innocente Je Je suis.
MADAME ARGANTE
Oui, grâces à mes soins, je vous vois telle que j'ai toujours souhaité que vous fussiez. Comme il vous est familier de remplir vos devoirs, les vertus dont vous allez avoir besoin ne vous coûteront rien, et voici les plus essentielles ; c'est, d'abord, de n'aimer que votre mari.
ANGÉLIQUE
Et si j*ai des amis, qu'en ferai-je?
MADAME ARGANTE
Vous n'en devez point avoir d'autres que ceux de monsieur Damis, aux volontés de qui vous vous conformerez toujours, ma ûlle. Nous sommes sur ce pied-là dans le mariage.
ANGÉLIQUE
Ses volontés? Eh I que deviendront les miennes?
MADAME ARGANTE
Je sais que cet article a quelque chose d'un peu mortifiant, mais il faut s'y rendre, ma fille. C'est une espèce de loi qu'on nous a imposée, et qui, dans le fond, nous fait honneur; car, entre deux personnes qui vivent ensemble, c'est toujours la plus raisonnable qu'on charge d'être la plus docile; et cette docilité-là vous sera facile; car vous n'avez jamais eu de volonté avec moi, vous ne connaissez que l'obéissance.
ANGÉLIQUE
Oui, mais mon mari ne sera pas ma mère.
MADAME ARGANTE
Vous lui devez encore plus qu'à moi, Angélique ; et je suis sûre qu'on n'aura rien à vous reprocher là-dessus. Je vous laisse ; songez à tout ce que je vous ai dit; et surtout gardez ce goût de retraite, de solitude, de modestie, de pudeur qui me charme en vous. Ne plaisez qu'à votre mari, et restez dans cette simplicité qui ne vous laisse ignorer que le mal. Adieu, ma fille.