L'ÉCOLE DES MÈRES, SCÈNE VIL
Ma mère appelle cela un habit modeste; il n*y a donc de la modestie nulle part qu*ici, carje ne\ois que moi d'enveloppée comme cela ; aussi suis-je d'une enfance, d'une curiosité! Je ne porte point de rubans; mais qu'est-ce que ma mère y gagne? que je suis émue quand j'en aperçois. Elle ne m'a laissé voir personne, et avant que je connusse Éraste, le cœur me battait quand j'étais regardée par un jeune homme. Voilà pourtant ce qui m'est arrivé.
USBTTE.
Votre naïveté me fait rire.
ANGÉLIQUE
Mais est-ce que je n'ai pas raison? Serait-ce de même si j^avais joui d'une liberté honnête? En vérité, si je n'avais pas le cœur bon, tiens, je crois que je haïrais ma mère, d'être cause que j'ai des émotions pour des choses dont je suis sûre que je ne mc*soucierais pas si je les avals. Aussi, quand je serai ma maltresse... laisse-moi faire, va... je veux savoir tout ce que les autres savent.
LISETTE
Je m'en fie bien à vous.
ANGELIQUE
Moi qui suis naturellement vertueuse, sais-tu bien que je m'endors quand j'entends parler de sagesse ? Sais-tu bien que ce serait un grand bonheur pour moi, si je n'étais pas coquette? Je ne le serai pourtant pas; mais ma mère mériterait bien que je le devinsse.
LISETTE
Ah! si elle pouvait vous entendre et jouir du fruit de sa sévérité! Mais parlons d'autre chose. Vous aimez Ëraste?
ANGÉIJQOE.
Vraiment oui, je l'aime, pourvu qu'il n'y ait point de mal à avouer cela ; car je suis si ignorante! je ne sais point ce qui est permis ou non, au moins.
LISETTE
C'est un aveu sans conséquence avec moi.
ANGELIQUE
Oh I sur ce pied-là je l'aime beaucoup, et je ne puis me résoudre à le perdre.
USETTR.
Prenez donc une bonne résolution de n*être pas à un autre. U y a Ici un domestique à lui qui a une lettre à vous rendre de sa part.
ANGÉLIQUE
Une lettre de sa part, et tu ne m'en disais rien ! Où est-elle? oh! que j'aurais de plaisir à la lire 1 donne-moî-la donc. Où est ce domestique?
USETTE.
Doucement! modérez cet empressement; cachez-en du moins une partie à Ëraste. Si par hasard vous lui parliez, il y aurait du trop.
ANGÉLIQUE
Oh dame ! c'est encore ma mère qui en est cause. Mais est-ce que je pourrai le voir? Tu me parles
de lui et de sa lettre, et je ne vois ni l'un ni l'autre.