‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 911 sur 1238 · M«* ARGANTE, ANGÉLIQUE, M. DAMIS · texte numérisé non relu

M«* ARGANTE, ANGÉLIQUE, M. DAMIS

MADAME ARGANTE

Vous venez sans doute d'arriver, monsieur?

M. DAMIS

Oui, madame, en ce moment.

Il y a déjà bonne compagnie assemblée chez moi, c'est-à-dire, une partie de ma famille,' avec quelques-uns de nos amis; car pour les vôtres, vous n'avez pas voulu leur confier votre mariage.

M. DAMIS

Non, madame; j'ai craint qu'on n'enviât mon bonheur, et j'ai voulu me l'assurer en secret. Mon fils même ne sait rien de mon dessein, et c'est à cause de cela que je vous ai priée de vouloir bien me donner le nom de Damis, au lieu de celui d'Orgon, qu'on mettra dans le contrat.

MADAME ARGANTE

Vous êtes le mattre, monsieur. Au reste, il n'appartient point à une mère de vanter sa fille; mais je crois vous faire un présent digne d'un honnête honime comme vous. Il est vrai que les avantages que vous lui faites...

M. DAMIS

Oh! madame, n'en parlons point, je vous prie; c'est à moi à vous remercier toutes deux, et je n'ai pas dû espérer que cette belle personne fit grâce au peu que je vaux.

ANGÉLIQUE, à part.

Belle personnel .

M. DAMIS

Tous les trésors do monde ne sont rien, au prix de la beauté et de la vertu qu'elle m'apporte en mariage.

MADAME ARGANTE

Pour de la vertu, vous lui rendez justice. Mais, monsieur, on vous attend. Vous savez que j'ai permis que mes amis se déguisassent et fissent une espèce de petit bal tantôt; le voulez- vous bien? C'est le premier que ma fille aura vu.

M. DAMIS

Comme il vous plaira, madame.

MADAME ARGANTE

Allons donc rejoindre la compagnie.

M. DAMIS

Oserais-je. auparavant vous prier d'une chose, madame? Daignez, à la faveur de notre union prochaine, m'accorder un petit moment d'entretien avec Angélique; c'est une satisfaction que je n'ai pas eue jusqu'ici.

MADAME ARGANTE

J'y consens, monsieur; on ne peut vous le refuser dans la conjoncture présente, et ce n'est pas apparemment pour éprouver le cœur de ma fille. Il n'est pas encore temps qu'il se déclare tout à fait; il doit vous suffire qu'elle obéisse sans répugnance, et c'est ce que vous pouvez dire à monsieur, Angélique; je vous le permets, entendez-vous?

ANGÉLIQUE

J'entends, ma mère.

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