‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 937 sur 1238 · L'HEUREUX STRATAGÈME, ACTE I, SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

L'HEUREUX STRATAGÈME, ACTE I, SCÈNE XIL

DORANTS. '

Je irai pourtant recours qu*à vous, marquise. Vous avez raison ; il faut que je vous aime ; il n'y a que ce moyen de punir la perfide que j'adore.

LÀ^lCARQUISB.

Non, Dorante, je sais une manière de nous venger qui nous sera plus commode à tous deux. Je veux bien punir la comtesse ; mais en la punissant, je veux vous la rendre, et je vous la rendrai.

DORANTE

Quoi I la comtesse reviendrait à moi?

■ LA MARQUISB.

Oui, plus tendre que jamais.

DORANTS.

Serait-il posssible?

LA MARQUISE. j

Et sa,ns qu'il vous en coûte la peine de m*aimer. !

DORANTE. j

Gomme il vous plaira.

LA MARQUISE

Attendez pourtant. Je vous dispense d'amour pour moi ; mais c'est à condition d'en feindre.

DORANTE

Oh! de tout mon cœur; je tiendrai toutes les conditions que vous voudrez.

LA MARQUISE

Vous aimait-elle beaucoup?

DORANTE

Il me le paraissait.

LA MARQUISE

Ëtait-elle persuadée que vous l'aimiez de même?

DORANTE

Je vous dis que je l'adore, et qu'elle le sait.

LA MARQUISE

Tant mieux qu'elle en soit sûre.

DORANTE

Mais du chevalier, qui vous a quittée et qui Taime, qu'en ferons-nous? Lui laisserons-nous le temps d'être aimé de la comtesse?

LA MARQUISE

Si la comtesse croit l'aimer, elle se trompe; elle n'a voulu que me l'enlever. Si elle croit ne vous plus aimer, elle se trompe encore; il n'y a que sa coquetterie qui vous néglige.

DORANTE

Cela se pourrait bien.

LA MARQUISE

Je connais mon sexe; laissez-moi faire. Voici comment il faut s'y prendre... Mais on vient; remettons à concerter ce que j'imagine.

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