L'HEUREUX STRATAGÈME, ACTE I, SCÈNE XIL
DORANTS. '
Je irai pourtant recours qu*à vous, marquise. Vous avez raison ; il faut que je vous aime ; il n'y a que ce moyen de punir la perfide que j'adore.
LÀ^lCARQUISB.
Non, Dorante, je sais une manière de nous venger qui nous sera plus commode à tous deux. Je veux bien punir la comtesse ; mais en la punissant, je veux vous la rendre, et je vous la rendrai.
DORANTE
Quoi I la comtesse reviendrait à moi?
■ LA MARQUISB.
Oui, plus tendre que jamais.
DORANTS.
Serait-il posssible?
LA MARQUISE. j
Et sa,ns qu'il vous en coûte la peine de m*aimer. !
DORANTE. j
Gomme il vous plaira.
LA MARQUISE
Attendez pourtant. Je vous dispense d'amour pour moi ; mais c'est à condition d'en feindre.
DORANTE
Oh! de tout mon cœur; je tiendrai toutes les conditions que vous voudrez.
LA MARQUISE
Vous aimait-elle beaucoup?
DORANTE
Il me le paraissait.
LA MARQUISE
Ëtait-elle persuadée que vous l'aimiez de même?
DORANTE
Je vous dis que je l'adore, et qu'elle le sait.
LA MARQUISE
Tant mieux qu'elle en soit sûre.
DORANTE
Mais du chevalier, qui vous a quittée et qui Taime, qu'en ferons-nous? Lui laisserons-nous le temps d'être aimé de la comtesse?
LA MARQUISE
Si la comtesse croit l'aimer, elle se trompe; elle n'a voulu que me l'enlever. Si elle croit ne vous plus aimer, elle se trompe encore; il n'y a que sa coquetterie qui vous néglige.
DORANTE
Cela se pourrait bien.
LA MARQUISE
Je connais mon sexe; laissez-moi faire. Voici comment il faut s'y prendre... Mais on vient; remettons à concerter ce que j'imagine.