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LA MÉPRISE, SCÈNE III

nous a arrêtés à Lyon, puis il nous a menés à celle campagne-ci, où deux paires de beaux yeux nous raccrochèrent hier pour autant de temps qu'il leur plaira.

USBTTE.

Où sont-ils ces beaux yeux ?

FRONTIN

En voilà deux ici ; ta maltresse a les deux autres.

Que fait ton maître?

FRONTIN

La guerre, quand les ennemis du roi nous raisonnent.

LISETTE

C'est-à-dire qu'il est officier. Et son nom?

FRONTIN

Le marquis Ergaste; et moi, le chevalier Frontin, comme cadet de deux frères que nous sommes.

LISETTE

Ergaste? ce nom-là est connu ; et tout ce que tu me dis là nous convient assez.

FRONTIN

Quand les minois se conviennent , le reste s'ajuste. Mais, voyons, mes enfants, qui êtes- vous à votre tour?

LISETTE

En premier lieu, nous sommes belles.

FRONTIN

On le sent encore mieux qu'on ne le voit.

LISETTE

Ah ! le compliment vaut une révérence.

FRONTIN

Passons, passons; ne te pique point de payer mes compliments ce qu'ils valent ; je te ruinerais en révérences. Je te cajole gratis. Continuons. Vous êtes belles. Après?

LISETTE

Nous sommes orphelines.

FRONTIN

Orphelines? Expliquons-nous; l'amour en fait quelquefois, des orphelins; êtes-vous de sa façon? Vous êtes assez aimables pour cela.

LISETTE

Non, impertinent! Il n'y a que deux ans que nos parents sont morts ; gens de condition aussi, qui nous ont laissées très-riches.

FRONTIlT.

Voilà de fort bons procédés.

LISETTE

Ils onteu pour héritières deux filles. Elles vivent ensemble dans un accord qui va jusqu'à s'habiller l'une comme l'autre ; elles ont toutes deux presque le même son de voix, sont toutes deux blondes et charmantes, et se trouvent si bien de leur état, qu'elles ont fait serment de ne point se marier, et de rester filles.

FRONTIN

Ne point se marier fait un article ; rester filles, en fait un autre.

LISETTE

C'est la même chose.

Oh que non I Quoi qu'il en soit, nous protestons contre l'un ou l'autre de ces deux serments: celle que nous aimons n'a qu'à choisir, et voir lequel des deux elle veut rompre. Comment s'appellet-elle?

LISETTE

Ciarice; c'est l'ainée, et celle à qui je suis.

FRONTIN

Que dit-elle de mon maître? Depuis qu'elle Ta vu, comment va son vœu de rester fille?

LISETTE

Si ton maître s'y prend bien, je ne crois pas qu'il se soutienne ; le goût du mariage l'emportera.

FRONTIN

Voyez le grand malheur I Combien-y a-t-il de ces vœux-là qui se rompent à meilleur marché! Eh! dis-moi, mon maître l'attend ici; va-l-elle venir?

LISETTE

Je n'en doute pas.

FRONTIN

Sera-t-elle encore masquée ?

LISETTE

Oui ; en ce pays-ci c'est l'usage en été, quand on est à la campagne, à cause du baie et de la chaleur. Mais n'est-ce pas Ergaste que je vois là-bas?

FRONTIN

C'est lui-même.

Je te quitte donc. Informe-le de tout; encourage son amour. Si ma maltresse devient sa femme, je me charge de t'en fournir une.

FRONTIN

Eh! me la fourniras-tu en conscience?

LISETTE

Impertinent! je te conseille d'en douter!

FRONTIN

Oh! le doute est de bon sens; tu es si jolie!

{Luette mt,)

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