RUE DES GRANDS-AUGUSTINS
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DE
MONSEIGNEUR FRUGHAUD
Archevêque de Tours PRONONCÉE LE 10 DÉCEMBRE 1871
DANS LA CATIUiDRALF. DIC TOURS
Qui umbulat simpliciter ambulat confidenter.
Celui qui marche simplement peut avancer en toute sécurité.
Proverbes, x, 9.
Mes Frères,
Il y a onze ans, dans la chaire de Notre-Dame de Paris, j'étais appelé à prononcer l'oraison funèbre d'un Prélat qui, avant de monter sur le siège de saint Denis, avait gouverné l'insigne église de Tours. Une mort prématurée venait de frapper le cardinal Morlot dans la plénitude
de ses forces ; et cet épiscopat, qui nous promettait de si longs jours, s'éteignait sous l'un de ces coups inattendus dont la divine Providence s'est réservé le secret. En célébrant, au nom du clergé et des fidèles de Paris, la mémoire de celui qui avait été le père de nos âmes, je rencontrais dans mon funèbre sujet cet antique diocèse de Tours qu'il ne m'avait pas été donné de connaître jusqu'alors ; et il me semblait, ce jour-là, que ces deux grandes églises unissaient leurs voix pour me charger d'être l'interprète de leur douleur commune.
Qui m'eût dit alors que, sous peu d'années, je monterais dans cette chaire pour y rendre le même devoir à un autre archevêque de Tours, et que cet archevêque serait mon vénéré métropolitain, et, ce qui parle encore plus à mon cœur, un enfant de mon diocèse? Ce sont là de ces rapprochements dont la vie est pleine, mais qui n'en frappent pas moins par ce qu'ils ont de mystérieux et d'imprévu. Et s'il m'est impossible de ne pas associer ces deux figures épiscopales dans mes souvenirs, comme elles l'auront été dans mon ministère, c'est qu'elles m'apparaissent avec un caractère de ressem-
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blance auquel la mort elle-même est venue ajouter un dernier trait. Ici comme là, nous admirions Tune de ces natures fermes et droites, auxquelles le mérite tient lieu d'éclat, et qui, parvenues au faite des dignités, ne se trouvent inférieures à aucune, parce qu'elles savent les porter en toute simplicité et avec la confiance qu'inspire une mission divine, simpliciter et confidenter (1). Dieu n'a fait, pour ainsi dire, que vous montrer le Pontife dont vous pleurez la perte, et déjà vous aviez su l'apprécier et l'aimer, comme s'il avait été parmi vous depuis vingt ans. Et moi aussi, qui n'ai pu jouir que de ses dernières années, je l'aimais comme si je l'avais connu toute ma vie. J'aimais cette âme vraiment sacerdotale, pour laquelle tout se résumait dans Jésus- Christ et dans l'Église; j'aimais cet homme de cœur, resté un ami fidèle pour tous ceux qui avaient mis leur main dans la sienne ; j'aimais ce vénérable frère avec lequel je me trouvais en parfaite communauté d'idées et de sentiments ; et lorsque, il y a quelques semaines, il
(1) Devise de Ma' Fruchaud.
venait présider notre mémorable fête de Baugé, mon cœur se serait brisé de douleur si j'avais pu penser que celte croix dont il baisait le bois sacré dût venir sitôt se placer sur son cercueil, comme le signe du souvenir et de l'espérance pour tout ce qui a disparu de ce monde.
Mais vous attendez de moi autre chose que des regrets et des larmes. C'est la vie de votre premier Pasteur que je dois découvrir devant vous comme une source de lumières et d'édification. La mort, en nous séparant de ceux que nous aimons, a du moins cet avantage d'ajouter à l'autorité de leurs vertus ; et ces leçons d'outre - tombe nous frappent d'autant plus qu'elles arrivent à nous comme un écho de l'éternité. Aussi bien la vie de celui qui a été votre Père en Dieu vous offre-t-elle dans toutes ses parties l'exemple du devoir, et du devoir accompli avec cette noble simplicité et cette mâle assurance dont il avait fait sa devise, suivant la parole du Sage : Qui ambulat simpliciter ambulat conficlenter. Ainsi le verrons-nous marcher dans les sentiers de la justice, franchissant l'un après l'autre, à la voix de Dieu qui l'appelait, tous les degrés de la hiérarchie
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avant d'arriver au milieu de vous, et continuant à suivre, sur le siège de Tours, cette ligne de conduite aussi droite que ferme. Telle sera la matière de l'éloge que je dois consacrer à la mémoire du révérendissime et illustrissime Félix-Pierre Fruciiaud, archevêque de Tours.
Vers Tune des extrémités de la France, entre la Bretagne et l'Anjou, habite une race dont le nom doit venir tout d'abord se placer sur mes lèvres. Dieu, qui distribue ses dons comme il lui plaît, a doué cette race de toutes les qualités qui constituent un grand peuple. Quand César fit la conquête des Gaules, il vint se heurter à la tribu dont je parle, et, ne pouvant la dompter, il s'éloigna d'elle en l'appelant mala gens. C'était marquer d'avance la ténacité avec laquelle de tels hommes défendraient en toute rencontre la vie et la tradition nationales.
L'Église vint greffer sur ce tronc robuste les vertus dont elle portait avec soi le principe ; et nulle part ailleurs la sève chrétienne ne coula
plus puissante. L'âme de ce peuple se trouva ainsi comme pétrie de deux sentiments également propres à engendrer riiéroïsme : la foi religieuse et la fidélité au pouvoir légitime. Aussi, lorsqu'à la fin du siècle dernier, lorsqu'en un jour de haine et d'aveuglement, l'on en vint à s'attaquer aux oints du Seigneur, à tout ce qui représentait le Christ dans l'État comme dans l'Église, ce peuple tressaillit dans ses bocages et au fond de ses ravins. Il se leva pour défendre tout ce qu'il aimait, tout ce qu'il respectait; et le monde fut témoin d'une lutte telle qu'il ne s'en était pas vu de plus émouvante depuis l'ère des Machabées. Moriamur in simjolicitate nostra, mourons dans la simplicité de notre cœur (1), répétaient ces fils de paysans, que la foi avait transformés en héros, et qui marchaient au combat simplement et sans crainte, simpliciter et confidenier. Infructueux en apparence, leur sacrifice ne resta pas stérile. Car s'il est vrai que le sang des martyrs devient une semence féconde, et que Dieu mesure son pardon à nos expiations ; si, quelques années
(1) 1'^ Livre des Machabées, ii, 37.
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après cette guerre de géants, comme l'appelait un homme qui s'y entendait, vous avez vu vos autels se relever, vos prêtres revenir de l'exil, et l'Église de France se redresser sur ses ruines plus forte que jamais, c'est que le sang des justes avait mérité toutes ces restaurations, c'est qu'avant d'éclater au grand jour de l'histoire, la résurrection avait germé dans ces tombes obscures où le dévouement s'était enseveli avec les fils de la Vendée.
C'est au sein de cette race intelligente et vigoureuse que naquit Félix-Pierre Fruchaud : il en reçut l'empreinte, qu'il garda toute sa vie. Rien n'était touchant à voir comme ces religieuses familles de la Vendée, au sortir des luttes terribles qui les avaient décimées pour la plupart. On vivait de ces grands souvenirs encore présents à tous les cœurs. Dans les veillées du village, c'était à qui raconterait quelque épisode de cette douloureuse histoire : l'aïeul que ses cheveux blancs n'avaient pu sauver du supplice, le vénérable prêtre caché pendant des mois sous le toit de la chaumière, le frère ou l'époux tombé en brave sur les champs de bataille de Cholet ou de Torfou. De
tels récits étaient faits pour éveiller la flamme du sacrifice au cœur du jeune enfant de Trémentines, que sa piété, nourrie par les leçons et les exemples du foyer domestique, inclinait déjà vers le service de Dieu et des âmes. C'était le moment où les anciens du sacerdoce cherchaient à réunir les pierres dispersées du sanctuaire, pour relever l'édifice détruit par la révolution. Le collège de Beaupréau sortait de ses ruines pour redevenir la pépinière du clergé au milieu d'une terre qu'il suffit, en quelque sorte, de frapper du pied pour en faire sortir des prêtres et des soldats. Un homme de Dieu avait été choisi pour être l'instrument de cette restauration : homme simple et droit, qui avait presque du génie à force de bon sens et de dévouement, organisateur habile, joignant à l'esprit d'initiative cette sagesse de conduite qui permet de mener les œuvres à bonne fin, maître éminemment apte à former l'enfance en se faisant aimer d'elle, et dont la douce figure apparaît à l'origine de nos plus belles fondations, avec ce mélange de finesse et de bonhomie attrayante qui a gravé si avant dans les cœurs le nom et le souvenir du vénérable Mongazon.
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Un supérieur doué d'un coup d'œil si sûr devait discerner bien vite les aptitudes et les qualités du jeune Vendéen, dont Theureux naturel relevait le talent, à tel point que son professeur de rhétorique, ajoutant l'exemple au précepte, le caractérisait par ces trois mots : felix nomine, felicior indole, felicissimus ingenio. L'étudiant de Beaupréau ne démentit pas ce jugement, lorsque, après avoir achevé ses études classiques, il passa au grand séminaire d'Angers, pour se préparer au sacerdoce, sous la direction de celte illustre compagnie de Saint-Sulpice, à laquelle nous devons en grande partie la correction et la régularité d'un clergé dont nous avons lieu d'être fiers. Il reçut successivement les saints ordres des mains d'un prélat dont, lui et moi, nous n'avons jamais pu prononcer le nom sans que le sentiment du respect vînt monter à nos lèvres. Quand j'arrivai au milieu du troupeau confié à mes soins, j'y trouvai toute vivante encore, à trente années de distance, la mémoire de cet auguste vieillard, qui, après avoir été le témoin de toutes nos ruines, avait présidé à toutes nos restaurations. Un mot était resté dans toutes
les bouches, comme le résumé de cette longue carrière traversée par tant d'événements : la bonté de cœur. Monseigneur Montault était vénéré comme un père, et il n'y avait pas jusqu'à une erreur de sa vie constamment regrettée qui n'ajoutât au respect qu'inspirait sa vertu. En des temps difficiles, il n'avait pas vu clairement où était le devoir ; et l'on pouvait répéter de lui ce que saint Grégoire de Nazianze disait de son père un instant trompé par ]e schisme : « Il s'était laissé prendre à des artifices que son àme candide ne soupçonnait pas (1). » Mais, par contre, quel édifiant spectacle de voir avec quelle profonde humilité il allait au-devant de toutes les occasions, pour demander pardon à son clergé d'une faiblesse rachetée par près d'un demi-siècle de services et de mérites ! Voilà pourquoi la mémoire du pieux pontife restera en bénédiction parmi nous ; et je suis heureux d'avoir été amené par mon sujet à lui payer en ce jour le tribut de ma reconnaissance et de ma profonde vénération.
(1) Greg. Xazianz., Or. xviii, 18.
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C'était la destinée de l'abbé Fruchaud de se trouver, dès le début de son ministère, en rapport avec tout ce qu'il y avait de plus respectable parmi les vétérans du sacerdoce. A Segré comme à Saint-Maurice d'Angers, il eut le bonheur inappréciable pour un jeune vicaire, d'être initié aux devoirs et aux difficultés de la charge pastorale par des hommes d'une sagesse éprouvée, tels que les Nicolas et les Gourdon. C'est à leur école qu'il se forma dans l'art si délicat de conduire les âmes ; et déjà l'on remarquait en lui cette rectitude d'esprit et cette aménité de caractère qui devaient dans la suite lui concilier tant d'estime et de sympathie. Aussi n'eut-il besoin que d'un court apprentissage pour être placé luimême à la tête d'une importante paroisse; et c'est à Saint-Nicolas de Saumur que nous le voyons arriver, encore jeune d'années mais déjà mûri par l'étude et le travail. On s'en aperçut bien au tact et à la prudence qu'il montra dans la direction spirituelle de la célèbre école où se recrute l'élite des officiers de l'armée ; et bien qu'à Saumur en pût lui appliquer ce mot : ostensus magis quant datus, « il nous a été montré plutôt que donné », son passage y laissa néan-
moins des traces profondes, comme le prouvent les amitiés précieuses qui depuis lors l'ont suivi toute sa vie, et qui sont venues faire cortège à sa dépouille mortelle.
Mais c'est trop vous retenir, Mes Frères, sur les débuts d'une carrière qui ne devait pas s'achever en Anjou : aussi bien craindrais-je de céder à un sentiment excessif, en faisant à mon diocèse la part trop large dans une vie dont d'autres églises se sont partagé les mérites et l'honneur. Il est vrai, ce diocèse natal, Monseigneur Fruchaud l'aimait; il l'a aimé toute sa vie et du fond de son cœur, comme l'on aime cette belle terre d'Anjou, lorsqu'on y est né ou qu'on a pu la connaître. Mais c'est ailleurs que la Providence l'appelait par la voix d'un prélat dont l'esprit sagace et pénétrant avait su le deviner sur les bancs même du collège de Beaupréau. Associé comme vicaire-général à l'administration du diocèse d'Angoulême, l'abbé Fruchaud possédait tout un ensemble de qualités par où il devait exceller dans ces importantes et délicates fonctions. Il avait à un haut degré ce tact et cette modestie qui, dans un rang déjà élevé, permettent de se subordonner à la pensée et à la
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volonté d'auti'ui, sans rien sacrifier de ce qui fait la dignité personnelle; cette abnégation et ce détachement de soi-même qui consistent à s'effacer dans le commandement, pour ne paraître que dans l'action, à se faire le bras qui exécute, au service de la tète qui conçoit. Nul mieux que lui ne s'entendait à exercer l'autorité, sans trop l'engager ni la compromettre ; et l'on ne savait ce qu'il fallait admirer davantage, de sa dextérité à dénouer des situations difficiles, ou du soin qu'il mettait à faire remonter plus haut que lui le succès des œuvres dont il avait eu la peine. Loin de vouloir s'arroger un droit qui n'eût pas été le sien, il se rappelait cette parole de saint Jean : « L'époux est celui à qui est l'épouse ; quant à l'ami de l'époux, il est là qui se tient debout à ses côtés, et qui l'écoute, ravi qu'il est d'entendre la voix de l'époux, gaudio gaudet propter vocem sponsi (1). » On le voyait partout et il ne paraissait nulle part, trop heureux qu'on pût l'oublier au second rang où il se plaisait, et qu'on n'eût d'éloges ou d'attention que pour le premier degré de la hiérarchie. C'est ainsi que
(1) s. Jean, m, 29.
le bien se faisait à Angoulême : hospices, pensionnats , communautés religieuses , tous les établissements d'instruction ou de charité avaient leur part dans le zèle infatigable du vicaire -général ; et il était le seul à ne pas s'apercevoir des résultats qu'obtenaient sa parole et son activité. « Il en est du ministère des âmes comme de l'art nautique, disait saint Grégoire de Nazianze en prononçant l'éloge funèbre de saint Basile : avant de vouloir tenir le gouvernail, apprenez d'abord à manier la rame et à observer les vents ; alors seulement vous pourrez prendre la direction d'un navire (1). » L'abbé Fruchaud se trouvait dans ces conditions indiquées par la prudence chrétienne : le ministère paroissial et l'administration l'avaient préparé de longue date aux dignités qui l'attendaient. Aussi quand le Souverain Pontife, ratifiant le choix de l'État, l'eut appelé à monter sur l'antique et illustre siège de saint Martial, nul n'en fut étonné que lui-même. C'était au lendemain de cette guerre d'Italie qui n'avait pu racheter par la gloire ses fatales conséquences. La révolution déchaînée par
(1) Greg. Nazianz., Or. xuii, -IQ.
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une imprudente politique commençait l'œuvre de destruction que nous avons vue se poursuivre depuis lors avec une effroyable rapidité. Par suite d'un aveuglement incroyable, on s'attaquait à l'Église, comme si, vraiment, en ces temps de troubles et d'anarchie, le péril venait de là pour les souverains et les peuples. L'évêque de Limoges comprit aussitôt sur quel point fondamental il fallait porter la défense. « Lorsqu'on parle du Souverain Pontife, écrivait-il dans l'une de ses premières lettres pastorales, c'est du christianisme tout entier qu'il s'agit. Quiconque conspire contre la papauté , conspire contre l'humanité; quiconque l'attaque vous attaque vous-mêmes , chefs des peuples , magistrats , pères de famille, maîtres, vous tous en qui nous respectons, à quelque degré que ce soit, une délégation de la puissance divine. Puissiez-vous bien comprendre que la papauté n'est pas seulement le fondement inexpugnable de l'Église , mais encore la clef de voûte de l'édifice social et le ciment surnaturel qui en relie entre elles toutes les parties (1). » Prophétiques paroles,
(1) Inst. pastorale sur le Pape, 18(J1.
dont souriaient alors les prétendus sages, mais qui se sont illuminées aux clartés de la foudre, et qu'il est bon de méditer plus que jamais , devant un avenir qui menace de laisser loin derrière lui tous les châtiments du passé!
C'est avec une vue si claire du devoir et une intelligence si profonde de la situation que le zélé Pontife défendait cette grande cause, flétrissant l'une après l'autre les criminelles entreprises dirigées contre la plus haute des souverainetés de ce monde, excitant la générosité des fidèles pour trouver dans leurs offrandes de quoi suppléer aux ressources enlevées par d'indignes spoliations, recueillant avec un soin pieux les enseignements partis de la Chaire apostolique, alors que des mesures aussi odieuses que vaines tendaient à intercepter la voix du Docteur universel des chrétiens. Avec quelle joie et quelle effusion de piété filiale il s'acquittait du devoir de sa charge, pour aller porter aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ les hommages de son troupeau, et se retremper lui-même à la source de toute juridiction et de toute vérité ! Le dévouement au Saint-Siège et au Souverain Pontife, c'était pour Monseigneur Fruchaud plus qu'un
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devoir, c'était un bonheur, une sainte passion. « Père commun de la grande famille catholique, s'écriait-il, chef du corps mystique dont nous sommes les membres , représentant de Dieu parmi nous, Vicaire de Jésus-Christ, dépositaire des trésors de la divine miséricorde, gardien des clefs du royaume céleste, le Pape a tous les litres à notre vénération et à notre amour. Nous lui sommes unis par tous les liens à la fois, par toutes les puissances de notre âme, par toutes les fd3res de notre cœur : les sentiments qui nous attachent à sa personne et à ses droits n'ont point d'expression dans le langage humain ; ils ne se manifestent complètement que par le martyre (1) .... »
Si tel était , Mes Frères , l'attachement de l'évêque de Limoges à l'Église mère et maîtresse de toutes les autres, quelle ne devait pas être également sa soUicitude pour l'Église particulière dont il avait la direction? Le premier soin d'un évêque comme sa plus vive préoccupation, c'est d'assurer la perpétuité du ministère sacerdotal, en offrant aux vocations toute facilité pour
(1) Inst. pastorale aur le Pape, 18G1.
se produire et pour arriver à leur terme. Monseigneur Fruchaud déploya dans l'organisation d'une œuvre qu'il regardait comme capitale, ce talent d'administrateur et cette science des affaires dont il a donné tant de preuves. « Nos petits séminaires, écrivait son digne successeur, lui doivent la sécurité de leur situation, premier et indispensable élément de toute prospérité. Il a mis à cette œuvre importante tout ce qu'il possédait de sagesse, de savoir-faire, de dévouement. . . Je lui dois d'avoir reçu de ses mains un diocèse où j'ai trouvé tout dans l'ordre le plus parfait, dans la paix la plus profonde, dans le meilleur esprit; je n'ai qu'à suivre ses traces (1). » Magnifique éloge, qui ne pouvait être tracé par une main plus sûre ni mieux autorisée ! Aussi que d'efforts pour maintenir parmi les enfants de saint Martial l'héritage de foi et de piété qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres! En même temps qu'il ouvrait aux âmes une source de grâces intarissable par l'établissement de l'Adoration perpétuelle, sa vigilance inquiète suivait
(1) Lettre circulaire de M'' Duquesnay, évêque de Limoges, à son clergé.
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jusqu'au sein de la capitale ces quarante mille ouvriers que son diocèse y envoie chaque année (1). Attentif à tous les besoins de son troupeau, il pouvait dire avec TApôtre : Quis infirmatui\ et ego non infirmer? « Qui est infirme parmi vous, sans que je le sois avec lui (2)? » Et la ville de Limoges n'oubliera pas de sitôt cet évêque qui, en un jour d'immense douleur, se jetait à travers les flammes de l'incendie, et qui, voyant les hommes à bout de forces, se tournait vers Dieu et ses saints pour opposer au fléau un rempart de prières devant lequel allait s'arrêter, comme par miracle, l'élément destructeur.
Mais il était réservé à Monseigneur Fruchaud d'honorer son siège par un de ces actes qui restent inscrits dans les annales d'une église comme un souvenir impérissable. Le plus grand événement de ce siècle allait s'accomplir. Pour atteindre au vif les erreurs de l'époque, et couper court à des controverses qui duraient depuis trop longtemps au détriment de l'union, le Sou-
(1) Lettre circulaire en faveur des ouvriers cinigrants.
(2) IP aux Cor., xi, 29.
verain Pontife venait de convoquer autour de lui tous les évêques de la cin-étienté. L'àme du pieux prélat tressaillit de joie à Tannonce de ces solennelles assises du monde catholique. Non pas, Mes Frères, qu'il s'exagérât le rôle de ces augustes assemblées dans le gouvernement de l'Église. « Lorsque le Pape, écrivait-il quelques années auparavant, pour donner plus de solennité à un jugement ou à une définition dogmatique, convoque tous les évêques du monde en un concile général, ce n'est pas une souveraineté nouvelle qui surgit au milieu de l'Église, c'est la même souveraineté qui revêt plus d'éclat, mais qui n'acquiert ni plus de puissance, ni plus d'étendue. L'esprit qui parlait par Pierre seul, parle dans le concile par tous ; mais, en passant par plus de lèvres, il ne donne pas plus de certitude : il demeure immuablement le même, aussi digne de nos respects et de notre foi dans la bouche de Pierre, que dans les acclamations d'un concile universel. Ces solennelles réunions ne pouvant du reste se faire que très rarement, il est manifeste que le Pape seul est le juge ordinaire et infaillible des controverses religieuses. C'est lui qui est la source, le centre, le
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lien de l'unité doctrinale; et tout dans l'Église prend en lui sa force et son impérissable appui (1). »
L'évêque qui écrivait de la sorte dix années avant le concile du Vatican, ne pouvait hésiter un instant sur la grande question qui devait s'y produire. Et si, au début, il avait pu concevoir l'ombre d'un doute sur l'opportunité d'une définition que le clergé et les fidèles appelaient de tous leurs vœux, comme c'était leur droit, d'imprudentes attaques n'eussent pas tardé à lui en démontrer l'impérieuse nécessité. C'est avec une peine profonde qu'il vit paraître ces livres qui, méconnaissant la plénitude de pouvoir renfermée dans Pierre et dans ses successeurs, tendaient à transformer l'Église en une sorte de monarchie parlementaire, à l'image de telle ou telle institution humaine ; ces brochures qui, loin de se borner à faire valoir des motifs empruntés aux circonstances et à l'état des esprits, attaquaient ouvertement le fond même de la doctrine ; et ces pamphlets par lesquels un religieux de talent s'amoindrissait
(1) Inst. pastorale sur le Pape, 18G1.
lui-même, jetait un voile sur son nom et sur ses services , en répandant contre l'Église romaine d'odieuses calomnies. Lors même que l'infaillibilité pontificale n'eût pas été la croyance de toute sa vie , le bon sens et la logique l'auraient forcé de conclure qu'une vérité reconnue comme telle par le Pape et la grande majorité des évêques ne laissait plus de prise à la négation ni au doute, et que prolonger la résistance outre mesure, c'eût été fournir d'avance des armes à l'ennemi. Il lui suffisait d'ailleurs de jeter un coup d'œil sur le monde pour voir clairement que si le concile du Vatican allait se séparer sans rien définir, comme le lui suggéraient d'imprudents conseillers, les divisions religieuses viendraient s'ajouter à nos discordes civiles, et que l'Église se trouverait dans une situation dont les tristes jours de Bàle et de Constance n'auraient pu donner qu'une faible idée. Voilà pourquoi, sans s'inquiéter (le la pression illégitime des pouvoirs de ce monde, Monseigneur Fruchaud resta constamment du côté de la vérité : préoccupé avant tout des intérêts de l'Église, il y allait comme toujours, simplement et sans crainte : sinipli-
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citer et confidenter. Douce consolation pour son troupeau dont il était allé porter au Vatican la foi unanime (1) ! Lorsqu'on écrira un jour l'histoire de ces grandes choses, et que le monde aura joui des résultats heureux d'un acte dont il semble ne pas comprendre encore toute la haute importance, l'Église de Limoges pourra montrer avec fierté le nom de son évêque inscrit parmi ceux qui, sans attendre le moment où la résistance serait devenue un crime, ont proclamé la vraie doctrine dans la simplicité de leur âme confiante et résolue : simpliciter et confidenter. Ce sont là de beaux jours pour une Église, des actes qui font époque dans son histoire, et dont le souvenir demeure inséparable de ceux qui ont su y attacher leur nom.
Rien n'est intime. Mes Frères, comme l'union d'un Évêque avec l'Église qui lui a été donnée pour épouse ; et ce n'est pas une vaine céré-
(1) Lettre circulaire de Ma"" l'Évoque de Limoges, concernant les adresses des doyennes du diocèse, 1870.
monie que cette Iradition de l'anneau sacré, qui lui est remis le jour de son sacre, comme le signe d'une alliance contractée pour toute la vie. Entre l'Évêque et son Église, c'est à la vie et à la mort, comme le disait saint Paul, ad commoriendum et ad convivendum (1). C'est le sentiment unanime de la tradition catholique, que ces liens spirituels ne doivent se rompre que dans un cas de nécessité ou d'utilité publique; et dans leur énergique langage, les saints canons ne craignent pas de comparer à l'adultère toute séparation qui ne se ferait pas pour une juste cause (2). Il n'en est pas de la charge épiscopale comme des dignités de ce monde, qui s'échangent ou se déplacent au gré de ceux qui les possèdent. Pour remplir son ministère avec fruit, il faut que le pasteur se donne à son troupeau sans réserve ni arrièrepensée; et de même que le chef d'une famille concentre son affection sur les enfants que
(1) II'" aux Cor., vu, 3.
';!) Kcclosiarum nécessita to vel iitilitate peiisata,rrt/9. 7i/o;//i, de Iranslatione Episcopi. — Episcopus Iransiens ad aiiam Ecclesiara sine jusla causa (licitur adullerium comniiUeie, cap. Episcopus .VA'A'17/, caus. VII, qwvsl. I.
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Dieu lui a donnés, ainsi TÉvêque doit-il tenir à son Église par le fond de ses entrailles, et ne s'éloigner d'elle que devant un signe manifeste de la volonté divine, s'exprimnnt par la bouche de celui à qui seul il appartient de rompre une telle alliance dans la plénitude de sa juridiction souveraine.
Monseigneur Fruchaud était pénétré de ces sentiments, quand la voix du sacrifice se fit entendre à lui ; et ce n'est pas sans un profond déchirement de cœur, qu'il s'éloigna de ces âmes auxquelles il avait uni la sienne. « Je m'étais fait, s'écriail-il dans ses adieux à son troupeau,, je m'étais fait dans vos cœurs si dévoués et dans vos vertes campagnes une seconde et charmante patrie , où je trouvais déjà le repos honoré de ma vie; j'y espérais celui de ma cendre. Comment pourrais-je arracher mon âme aux étreintes de ces chers souvenirs et de ces saints attachements? » Mais, ramassant aussitôt toutes ses forces pour de nouveaux devoirs , il reprenait avec saint Martin, dont il recueillait l'héritage : <' Si je suis encore de quelque utilité à votre peuple, si populo tuo sum necessariiis, malgré la grandeur
de la responsabilité, le poids des ans, les périls de la situation, et l'incertitude du succès, je ne refuse pas un nouveau travail , non recuso laborem (1). »
Non , Mes Très Ghers Frères , le succès ne pouvait être incertain au milieu de vous qui, par votre esprit de soumission chrétienne et la politesse proverbiale que vous portez dans le commerce de la vie, avez de tout temps rendu à vos premiers pasteurs la tâche douce et facile. Il ne pouvait être incertain , avec un pontife qui venait porter sur le siège des Catien, des Martin, des Grégoire, une doctrine sûre et une charité à toute épreuve. Un an ne s'était pas écoulé que, déjà, il avait subjugué vos cœurs par cette simplicité charmante qui faisait le fond de sa nature, et cette affabilité qui savait condescendre sans s'abaisser, parce qu'il y entrait autant de réserve que d'abandon. C'est par là, en effet, que votre nouvel archevêque se frayait le chemin des âmes, sachant bien , comme un grand orateur le
(1) Lettre pastorale à l'occasion de la prise de possession du siège de Tours.
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disait de saint Basile, « que Ion gagne en autorité ce que Ton donne en bienveillance », pro benevolentia quam afferebat auctoritatem recipiebat (I). Ferme sur la discipline, il en appliquait les règles , comme l'évéque de Césarée, de telle sorte que la réprimande ne devînt pas de la témérité, ni Findulgence de la faiblesse, sic ui neque increpatio in temeritatem, neque indulgentia in mollitiem recideret (2). C'est avec de telles maximes de conduite qu'il s'ouvrait les cœurs. Aussi, avec quel empressement ne vous êtes -vous pas groupés autour de lui, catholiques de la ville de Tours , pour former ce noyau de chrétiens actifs et résolus qui, sous le nom cVUnion catholique et sociale, allait devenir un auxiliaire si puissant pour son zèle apostolique. Ces résultats, nous avons pu y applaudir, votre pieux archevêque et moi, le jour où son cœur débordait de joie à la vue de ce cercle d'ouvriers qui naissait de votre association comme d'une tige féconde, et sur lequel nous étions si heureux de
(1) Greg. îsaz., xliii, 33.
(•2) Ibid., 65.
répandre nos prières et nos communes bénédictions.
Unir entre eux les enfants d'une même patrie et d'une même Église, c'était Tobjet constant des vœux et des efforts de votre père en Dieu. Nul plus que lui ne déplorait les tristes divisions qui aff"aiblissent un pays si merveilleusement doué. Mais il savait en même temps que, pour être durable et féconde, l'union a besoin de se faire sur le terrain des principes. Hors de là, il peut y avoir des rapprochements passagers, mais qui ne tiennent pas contre Tintérêt et la passion. Voilà pourquoi le plus grand service que Ton puisse rendre à la société, c'est de ramener dans les esprits, je ne dis pas seulement le respect, mais le culte des principes. Ce n'est pas en diminuant la vérité, qu'on la sert : elle n'a son éclat et sa force, qu'autant qu'on la présente dans toute sa plénitude. Fatale illusion de s'imaginer qu'on fait accepter plus facilement les vraies doctrines au moyen de concessions qui ne profitent qu'à l'erreur : avec de telles faiblesses, on retarde le triomphe des causes justes, en voulant l'avancer. Il ne s'agit pas pour un enfant de l'Eglise, de choisir parmi
si
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les enseignements de la Chaire apostolique ceux qui plaisent et ceux qui ne plaisent pas, pour adhérer aux uns et ne tenir aucun compte des autres : ce serait introduire une sorte de protestantisme au sein de Tunité catholique. La vérité ne se divise pas : elle n'est pas autre pour l'intelligence et autre pour la volonté, autre pour la vie privée et autre pour la vie publique. « C'est une funeste erreur des chrétiens de nos jours, vous disait naguère votre archevêque, de séparer leur vie d'avec leur foi, et d'agir selon les opinions du monde, quand ils pensent selon les dogmes de l'Église. La vérité perdrait -elle donc ses droits sur vous, dès que vous franchissez votre seuil pour descendre sur la voie publique; ou bien y aurait-il deux vérités contradictoires, dont l'une dirait oui dans la conscience, tandis que l'autre dirait non dans la société? C'est le droit inaliénable de Dieu de régner sur l'homme tout entier; chez les chrétiens , la vie publique ne peut être que chrétienne (1). »
Ces défaillances. Mes Frères, le zélé Pontife les
(1) Inst. pastorale pour le Carême de 1873.
attribuait à rafTaiblissement de la foi ; et c'est pourquoi il redoublait d'efforts pour la ranimer dans vos âmes. Tel était le but qu'il poursuivait quand, pour former des générations solidement chrétiennes, il appelait dans sa ville épiscopale ces savants religieux qui se sont acquis une si juste renommée dans l'œuvre la plus importante de toutes, celle de l'éducation de la jeunesse. Cette foi, principe de toutes les vertus, il s'attachait à la réveiller parmi vous, quand il faisait resplendira vos yeux les merveilles de la sainteté dans ces fêtes de la bienheureuse Jeanne de Maillé, dont nous avons tous gardé un si profond souvenir. Et enfin, cette foi, qui éclaire les peuples à leur berceau et les soutient dans leur vieillesse, il cherchait à la raviver au fond des cœurs, quand il convoquait autour du tombeau de saint Martin les fils de la France, pour leur rappeler ce qui avait fait la grandeur de la patrie, et ce qui seul peut assurer son salut.
Ce n'est pas sans un dessein particulier de la divine Providence, Mes Très Chers Frères, qu'une découverte inattendue est venue replacer sous nos yeux le tombeau du grand thaumaturge des Gaules. A la veille d'une catastrophe qui devait
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remettre en question tout notre avenir national, voici que reparaît tout à coup ce glorieux sépulcre, qu'on pourrait appeler le berceau de la nationalité française. Toute notre vieille histoire semble revivre avec l'apôtre qui a converti nos ancêtres ; et à l'heure critique où nous sommes, cette grande figure se dresse debout sur nos ruines, comme un gage de protection et un signe d'espérance. Vos archevêques, gardiens de cette gloire nationale, ont compris le sens d'un événement si étroitement lié à notre situation présente ; il leur a semblé que ramener la France repentante auprès du tombeau de saint Martin, c'était la retremper aux sources mêmes de sa foi et de sa vie religieuse. Monseigneur Fruchaud s'était voué tout entier à une œuvre qu'il considérait comme l'honneur de son épiscopat. Vous savez avec quelle prudence et quelle dextérité il avait su vaincre des difficultés qui paraissaient insurmontables, et assurer pour l'avenir la construction de cette basilique que la France entière attend de vous comme le monument de votre reconnaissance et de votre piété filiale. Hélas ! il ne lui était pas réservé de voir ici-bas l'accomplissement de ses desseins. C'est au moment
même où il faisait à tous nos diocèses cet éloquent appel qui retentit encore dans nos âmes, el où il se proposait d'aller chercher aux pieds du Saint- Père la bénédiction qui féconde les entreprises du zèle catholique ; c'est à la veille des fêtes qui devaient recevoir de sa puissante initiative un éclat inaccoutumé ; c'est en des circonstances si pleines d'émotion que la mort est venue le frapper à la tête de son troupeau. Nous venions mêler notre allégresse à la sienne, et c'est sur un cercueil que nous avons été réduit à répandre nos prières et nos larmes.
Ainsi disparaissent les uns après les autres tous ceux que nous aimons. Il y a quelques mois à peine, nous allions prendre part au deuil de l'Église du Mans, et là, devant le corps du saint évêque dont nous pleurions la perte, Monseigneur Fruchaud se faisait le touchant interprète de notre douleur commune. Alors, nous étions loin de prévoir que notre province, déjà si cruellement éprouvée, dût être frappée si tôt dans la personne de son chef vénéré. Mais de tels hommes ne passent pas tout entiers : ils restent dans les souvenirs des peuples qu'ils ont édifiés par leurs vertus ; et, comme le disait saint Gégoire de
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Nazianze, « ils continuent par leurs prières le bien qu'opérait leur enseignenaent(l). «Habitants de la Touraine, Mes Chers Frères en Jésus-Christ, vous vous rappellerez longtemps cette douce et paternelle figure que vous étiez si heureux de voir apparaître à travers vos villes et vos campagnes ; toute leur vie, vos enfants garderont la mémoire de ce Pontife au cœur si tendre, qui leur imposait les mains, la joie dans Tàme et lu sourire sur les lèvres; vos prêtres n'oublieront jamais celui qui fut pour eux un père si aimant et si dévoué : et c'est encore à sa voix que vous obéirez tous, en reportant sur son digne successeur l'affection et le respect dont vous l'entouriez lui-même. Et vous. Vénérable Frère, qui avez été ravi si prématurément à vos amis et à vos enfants spirituels, ne nous oubliez pas au séjour de la paix et du repos, nous qui restons sur le champ de la lutte et du travail, au milieu des douleurs du présent et devant les incertitudes de l'avenir. N'oubliez pas auprès de Dieu votre troupeau et le mien, la Touraine et l'Anjou, ces deux nobles sœurs aujourd'hui associées dans les larmes
(1) Grcg, Naz., Orat. xviii, 4.