‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 179 sur 449 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

ble que le supplice, et qui souvent, par son aspreté, devance le supplice et l’execute. Je ne sçais d’où je tiens ce conte1, mais il rapporte exactement la conscience de nostre justice, line femme de village accusoit devant un general d’armée*, grand justicier, un soldat pour avoir arraché à scs petits enfants ce peu de bouillie qui luy restoit à les substanter , cestc armée ayant tout ravagé. De preuve , il n’y en avoit point. Le general, après avoir sommé la femme de regarder bien à ce qu’elle disoit, d'autant qu’elle seroit coulpable de son accusation , si elle mentoit , et elle persistant , il feit ouvrir le ventre au soldat pour s’esclaircir de la vérité du faict : et la femme se trouva avoir raison. Condamnation instructive.

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