‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 278 sur 449 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

pcsantir et esmousser pour les rendre plu» obéissant» à l’exemple et à la praet iquc, et le» espessir et obscurcir pour les proportionner à ceste vie tenebreuse et terrestre : pourtant 1 se trouvent les esprits communs et moins tendus plus propres et plus heureux à conduire affaires; et les opinions de la philosophie eslevées et exquises se treuvent ineptes à l'exercice. Ceste poinctue vivacité d’amc, et ceste volubilité soupplc et inquiété, trouble nos négociations. Il fouit manier les cntreprinses humaines plus grossièrement et superficiellement, et en laisser bonne et grande part pour les droicts de la fortune : il n’est i»s besoing d’csclairer les affaires si profondément et si subtilement; on s’y perd, à la considération de tant de lustres contraires et formes diverses : Volutantibtu res inter te pttgnanlet, obtorpueranl.... aniim*.

C’est ce que les anciens disent de Simonidcs : parce que son imagination luy presentoit, sur la demande que luy avoit faict le roy Hieron3 ( pour à laquelle satisfaire il avoit eu plusieurs jours de pensement) diverses considérations aiguës et subtiles; doubtant laquelle estoit la plus vraysemblable, il desespera du tout de la vérité.

Qui en recherche et embrasse toutes les circonstances et conséquences , il empesche son oslection : un engin moyen eonduict eguale-j ment et suffit aux executions de grand et de petit poids. Regarde! que les meilleurs mesnagiers sont ceulx qui nous savent moins dire comme ils le sont ; et que ces suffisants conteurs n’y font le plus souvent rien qui vaille : je sçais un grand diseur et t rès excellent peintre de toute sorte demesnage, qui a laissé bien piteusement couler par ses mains cent mille livres de rente:

; (I) Cc*( pour cela que, de.

f» Considérant en roix-mémns tics choses si opposées, Us eu étaient tout étourdis. Tite Li\k, XXXII, au.

GO Le roi Micron l'avait prié de lui dire ce que c’est que Dieu ; et Siinonido lui ayant répondu qu'il avait breotn d’uu jour pour examiner celle question , le lendemain II demanda «icore deux jours, cl chaque fuis H doubla lo nombre fies jours qu'il demandait au roi. Sur quoi Cicéron dit : Simonklaa arbitror. . . quia mutin trairait in nini/an acuta nique subtiiia, dubilaiitan qnkt eorum euet verlssiuwm, de-fjicratse ormicrn ' verltatcm. « Je crois que Simouide, après avoir promené son « esprit d’opinions en opinions, les unes plus subtiles que les « autres, et cherche vainement la plus probable, désespéra « enûn de trouver la vérité. » Cic., de Nal. deor., I, ai. C.— On peut consulter, sur la demande de üléron et 6ur la réponse de Simonlde, le Dictionnaire de Bayle, article Sfmonktc.H.

j’en seai» un autre qui dict , qui consulte , mieulx qu’homme de son conseil, et n’est point au monde une plus belle montre d’ame et de suffisance ; toutesfois, aux cffects , «es serviteurs treuvent qu’il est tout aultre, je dis sans mettre le malheur en compte.

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