LIVRE II, CHAP. XXXI
lement aux querelles ceulx qui bravent et se mutinent sans partie* ; il fault garder ces rodomontades où elles portent :
Mugitus veluti quum prima 1» preelia tourne Terriflcos ciel, atque irasci in comua tentât,
Arborls obnixue franco, ventosque laceesit le tibus, et sparta ad pugnam proludit arma9.
Quand je me courrouce, c'est le plus vifvement mais aussi le plus brièvement et secrètement, que je puis : je me perds bien en vistesse et en violence , mais non pas en trouble, si que j’aille jectant à l’abandon et sans chois toutes sortes de paroles injurieuses, et que je ne regarde d’asseoir pertinemment mes poinctes où j’estime qu'elles blecent le plus ; car je n’y employé communément que la langue. Mes valets en ont meilleur marché aux grandes occasions qu'aux petites : les petites me surprennent; et le malheur vcult que depuis que vous estes dans le précipice, il n’importe qui vous ayt donné le bransle, vous allez tousjours jusques au fond ; la cheute se presse, s’esmeut, et se haste d’elle mesme. Aux grandes occasions, cela me paye3 qu'elles sont si justes, que chascun s’attend d’en veoir naistre une raisonnable cholere; je me glorifie à tromper leur attente : je me bande et préparé contre celles cy, elles me mettent en cervelle, et menacent de m’emporter bien loing, si je les suyvois; aiséement je me garde d’y entrer, et suis assez fort, si je l’attends, pour repoulser l’impulsion de ceste passion, quelque violente cause qu’elle aye; mais si elle me préoccupé et saisit une fois, elle m’emporte , quelque vainc cause qu’elle aye. le marchande ainsin avecques ceulx qui peuvent contester avecques moy : « Quand vous me sentirez esmeu le premier, laissez moy aller à tort ou à droict : j’en feray de mesme à mon tour. » La tempeste ne s’engendre que de la concurrence des eholeres, qui se produisent volontiers l’une de l’aultre, et ne naissent pas en un poinct : donnons à chascune sa course, nous voylà tousjours en paix. Utile ordonnance, mais de difficile execution. Par fois m’advient
(IJ Sam partie adverse.
(i) Ainsi, brûlant d'amour et frémissant de rage,
D’un taureau furieux le superbe rival,
Quand son na Usant courroux prélude au eboe fatal, Lutte contre les vents, s’exerce contre un chêne,
Et sous scs bonds fougueux disperse au loin l'arène.
Vrnc., En., XII, 103, trad. de Dclillc.
(5) Me satisfait.
il aussi de représenter le courroucé, pour le reglement de ma maison, sans aulcune vraye esmotion. A mesure que l’aagcme rend les humeurs plus aigres, j’estudie à m’y opposer ; et feray, si je puis, que je seray d’oresenavant d’autant moins chagrin et difficile que j’auray plus d’excuse et d’inclination à l’estre, quoyque par cy devant je l’aye esté entre ceulx qui le sont le moins.
Encores un mot pour clorre ce pas. Aristote dict 1 que « la cholere sert par fois d’armes à la vertu et à la vaillanee. » Cela est vraysemblable : toutesfois ceulx qui y contredisent*, rcspondent plaisamment que c’est un arme de nouvel usage, car nous remuons les aultres armes, ceste cy nous remue; nostre main ne la guide pas, c’est elle qui guide nostre main; elle nous tient, nous ne la tenons pas.